Auteur : victorcabras

  • Et si les crabes étaient des anges ?

    Dans l’étrange clair-obscur d’un soir d’été, un crabe traîne sur le rivage. Ses pinces claquent en cadence comme les aiguilles d’une horloge oubliée. Il avance de côté, furtif, presque insolent, et sous la lune défigurée, il semble danser une valse absurde avec les vagues. 

    Chaque mouvement semble être une prière silencieuse, un chant sans mot pour un Dieu qu’il ne peut comprendre. Et si ce crabe était un ange ? Un ange fatigué, déchu ou pire, recyclé par un Dieu qui aurait un faible pour les expériences grotesques ? C’est à cette idée qu’il faut s’arrêter. Pas pour y croire, non, mais pour se demander : pourquoi pas ?

    Les anges sont des constructions humaines. Des créatures de marbre et de lumière. Trop parfaits pour nos vies ébréchées. Leur peau brille, leurs ailes déploient une promesse de rédemption, et pourtant, leur regard est vide. Vous en avez déjà vu un, vous ? Non ? Par contre, un crabe, vous en avez croisé. Toujours au bord de quelque chose—une plage, une crevasse, votre assiette. Toujours entre deux mondes, comme s’ils savaient quelque chose que nous ignorons. Leur carapace est leur ciel, et leurs pinces sont des paraboles d’équilibre : une pour saisir, une pour couper, telle la balance de la justice. Un ange qui peut démembrer et juger. Là, il y a une vérité qui nous échappe.

    Et puis, les crabes sont des survivants. Ils sont là depuis des millions d’années, traversant des cataclysmes que même les anges des écritures ne sauraient contenir. Sous leur carapace, il y a une forme de grâce brute, une aptitude à endurer. Peut-être que les anges n’ont jamais été destinés à être immaculés. Peut-être qu’ils étaient censés être comme des crabes—endurants, imparfaits et étrangement majestueux.

    Imaginez un instant que Dieu, fatigué des symétries clichées et des figures d’épinal, ait voulu créer des anges qui ne tombent pas dans les conventions. Des anges qui rampent, qui mordent, qui résistent. Les crabes, dans leur absurdité magnifique, sont peut-être le plus grand pied de nez du divin. Regardez-les : leurs pattes fines comme des doigts maladroits, leur démarche oblique qui défie la logique. Ils sont l’antithèse de la majesté prévisible des anges. Ils sont le chaos dans un monde qui cherche à tout ordonner.

    Les anges des écritures apparaissent souvent avec une aura d’effroi. On les imagine puissants, inaccessibles, terrifiants dans leur splendeur. Mais si nous avons mal interprété leur nature ? Les anciens textes disent qu’ils protègent et punissent. N’est-ce pas exactement ce que fait un crabe ? Il garde jalousement son territoire, sa grotte ou son bout de sable, et il n’hésite pas à pincer si vous vous approchez trop près. Les anges n’étaient peut-être jamais censés être beaux ; ils étaient simplement censés être efficaces.

    Regardez leurs yeux perchés sur de longues tiges : deux phares étranges qui balayent l’horizon comme pour surveiller un royaume invisible. Chaque crabe, dans sa singularité maladroite, porte la marque d’une fonction divine—veiller, guetter, résister. Leur carapace, à la fois armure et cercueil, les ancre dans un rôle paradoxal : préserver la vie tout en acceptant l’inévitable. Ils naviguent à la frontière du sable et de l’eau, à mi-chemin entre la sécurité de la terre et l’étrangeté insondable de l’océan. Cette position liminaire en fait des êtres à part, des messagers silencieux entre deux dimensions. N’est-ce pas là le rôle des anges ? Traverser les royaumes, porter des nouvelles, des avertissements, des épreuves. Peut-être que dans leur déplacement latéral, les crabes nous montrent que la ligne droite n’est pas toujours la meilleure route. Et si leur lente progression étrange était un rappel à ralentir, à contempler, à embrasser la vie ?

    Et alors, en contemplant ce crabe, ce prétendu ange déchu, il me vient une question obsédante : et si la grâce n’était pas un vol majestueux dans le ciel, mais un lent ballet de chutes et de reprises, de répliques sur la terre ferme ? Un crabe qui avance, qui se détourne et qui recommence encore. Si les anges avaient ce rythme—d’un œil sur le ciel, l’autre sur la mer—peut-être nous offriraient-ils plus de sagesse que de peur. Mais je n’ai pas de réponse. Et peut-être qu’il n’y en a pas. Parce que parfois, un crabe est juste un crabe. Un ange, juste un ange. Et le monde, un foutu mélange de sel et de sable où on se débat. Pas de rédemption, juste des gestes. Pas d’illumination, juste des repas.

    Alors voilà, pour ceux qui, comme moi, se trouvent à chercher des réponses dans la chair et la mer, voici une recette de Crab-angel mayo, un plat qui, d’une certaine façon, vous dit tout ce que vous avez besoin de savoir : le sacré et le profane, la douceur et l’amertume, la vie et la mort, dans une bouchée.

    La recette du Crab-Angel Mayo : 

    Ingrédients :

    – 500g de chair de crabe fraîche (ou en conserve si vous êtes pressé, mais ne vous mentons pas, c’est mieux frais).

    – 1 avocat mûr (pour cette touche céleste, douce et gracieuse).

    – 2 cuillères à soupe de mayonnaise maison (ou de bonne mayonnaise du commerce, si vous êtes fatigué de jouer au chef).

    – 1 cuillère à soupe de moutarde de Dijon (pour le piquant de la vérité).

    – Le jus d’un citron (pour couper la lourdeur de l’existence).

    – 1 petite échalote, hachée finement (ça fait de l’ombre au soleil de l’illusion).

    – Quelques brins de ciboulette (pour ajouter un peu d’innocence).

    • Sel et poivre au goût (la vie n’est jamais complète sans un peu d’ironie).
    • Un verre de Chablis (et c’est là que tout prend son sens – pour l’accompagnement, ou la consolation, ou les deux, à choisir).

    Préparation :

    1. Commencez par libérer la chair du crabe. Ne la pressez pas, laissez-la respirer un instant, comme un artiste qui prend le temps de contempler sa toile avant de la toucher. Si vous choisissez un crabe en conserve, déversez son âme, mais assurez-vous de l’égoutter. Un crabe doit être vibrant de vie, pas noyé dans son propre liquide.
    1. L’avocat, ce fruit divin, écrasez-le avec soin. Ne cherchez pas la perfection. La beauté est dans les imperfections – des morceaux d’avocat qui flottent comme des souvenirs dans une mer tranquille.
    1. Mélangez la mayonnaise, la moutarde et le jus de citron. Ce n’est pas une simple sauce, mais un contraste de douceur et de vérité. Le tout doit être onctueux, mais avec un peu de caractère – comme une caresse suivie d’un éclat de lumière.
    2. Ajoutez l’échalote finement hachée, et la ciboulette pour une touche d’innocence fragile. Salez, poivrez selon votre humeur, mais souvenez-vous que l’assaisonnement est une métaphore du cœur : il faut parfois le relever, parfois le rendre plus doux.
    1. Mélangez délicatement, en veillant à ne pas détruire la beauté des morceaux de crabe. Laissez-les s’imprégner de la préparation, mais ne les soumettez pas à une transformation totale. Des morceaux de ciel sont faits pour rester intacts, même quand ils tombent dans la mer.
    1. Présentez ce mélange divin sur des crackers légers, du pain grillé doré, ou laissez-le simplement reposer sur une cuillère, en attendant que la mer vous parle. Et pendant que vous dégustez, versez un verre de Chablis bien frais, ce vin qui accompagne l’instant d’une conversation silencieuse entre la terre et la mer. Il effleure votre âme, tout comme cette recette effleure l’imaginaire.
    1. Prenez une gorgée, puis une bouchée, et laissez les saveurs fusionner comme des rêves partagés. La mayonnaise est douce, mais le crabe est plus qu’une simple chair – c’est un appel à l’infini. Un voyage sensoriel, à savourer lentement, avec chaque gorgée de Chablis pour marquer l’instant.

    Le plat est un peu comme un crabe—difficile à apprivoiser mais en même temps, en chaque bouchée, une révélation silencieuse. Parfois, la vérité n’est pas dans les grandes déclarations. Elle est dans le moindre petit détail : la saveur du crabe, le croquant de l’échalote, la douceur de l’avocat.Et si vous en avez assez de tout ça, juste souvenez-vous : un crabe est toujours là, à regarder la mer, sans se soucier de ce qu’il est censé être et peut être est-il un ange.

    Victor Cabras

  • J’ai tiré sur un pot de fleurs fanées : manifeste

    Aux États-Unis, on trouve des indices notables du surréalisme contemporain, particulièrement dans les habitudes alimentaires. Les exemples abondent, tels que les chips aux marshmallows fondus, les glaces au cheddar, ou encore le plat favori du président Nixon, le cottage cheese agrémenté de ketchup. Ces combinaisons alimentaires, par leur nature même, transcendent la banalité et atteignent une forme d’expression poétique, voire surréaliste.

    Ces plats, par leur juxtaposition incongrue de saveurs, textures et couleurs, rappellent les collages de Max Ernst. Ils défient la logique, bousculent les attentes et célèbrent l’inattendu, s’inscrivant ainsi dans la tradition surréaliste. Chaque repas, malgré un goût souvent jugé peu raffiné voire dégoûtant, casse les codes de la réalité.

    Le surréalisme ne se limite pas à un mouvement artistique ; il représente une philosophie, une manière de percevoir le monde et une culture de l’étrangeté. 

    Le post-surréalisme contemporain émerge de la nécessité de renouveler cette vision, ouvrant de nouvelles perspectives au-delà des conventions établies par André Breton, Salvador Dalí et René Magritte.

    Les artistes et penseurs de ce courant revendiquent la continuité d’un mouvement qui refuse les limites, explore les profondeurs de l’inconscient et réinvente les dimensions du rêve pour redéfinir une certaine réalité contemporaine. Le post-surréalisme se distingue par son exploration des nouvelles technologies, des sciences contemporaines et des défis sociétaux actuels.

    Le post-surréalisme contemporain aspire à un réveil perpétuel, où rêve et réalité se confondent, se superposent et se transforment mutuellement. Les œuvres créées sont des passerelles entre ces mondes, invitant chacun à voyager au-delà du visible, à percevoir l’invisible et à interroger l’ineffable. Ce mouvement est un acte de rébellion contre la tyrannie du pragmatisme et de la logique, prônant la liberté totale de l’esprit et la libération des conventions morales et esthétiques sans aucune forme de censure.

    À l’intersection des arts et des sciences, le post-surréalisme utilise la poésie, la peinture et la musique pour révéler les mystères de l’univers à l’ère de la réalité virtuelle et des biotechnologies. Il prône un monde où l’imagination est une arme contre la conformité, où chaque acte créatif est un acte de résistance.

    Le surréalisme a toujours cherché à transcender les limites de la réalité perceptible pour plonger dans les profondeurs de l’esprit humain. Les fantômes et les esprits, symboles des mondes invisibles et des réalités parallèles, occupent une place centrale dans cette quête. Ils sont les messagers d’une réalité autre, celle qui échappe aux sens ordinaires et qui se manifeste dans les rêves, les visions et les intuitions.

    Le post-surréalisme contemporain est une invitation à l’émerveillement perpétuel et à la quête infinie de ce qui dépasse l’entendement, un territoire sans carte où la créativité règne en maître.

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    Le post-surréalisme, c’est une forêt de rêves mécaniques où chaque arbre est une illusion figée dans le temps, un mirage tactile. Imaginez planter un arbre en métal poli, aux racines d’acier, et voir ses branches donner naissance à des fleurs de néon noir, qui n’ont ni parfum ni douceur. Pourtant, ces fleurs abritent des pétales jaunes cachés sous la surface, prêts à fleurir.

    Dans cette quête de l’irrationnel, il suffit de fermer les yeux pour mieux voir. Le post-surréalisme ne se contente pas de caresser les contours du surnaturel, il les sculpte dans le béton des certitudes, et les éclate en mille éclats de verre, chacun reflétant un fragment de ce que nous appelons la réalité.

    Le futurisme, avec son amour pour la vitesse et la mécanique, s’invite dans ce jardin intérieur. 

    Les objets du quotidien se détachent de leur fonction première, se métamorphosent en symboles, en portails vers des mondes invisibles. Un téléphone n’est plus un outil de communication, mais un appel au vide, une voix sans son qui résonne dans l’infini des possibles.

    C’est cela, l’essence du post-surréalisme : un champ de possibles où la réalité se déconstruit et se reconstruit sans cesse, guidée par le souffle du rêve et l’impulsion du futur. Un espace où l’esprit est libre de voyager, de se perdre, de se retrouver, en quête d’une poésie nouvelle, une poésie où chaque mot, chaque image, chaque idée, est une passerelle vers l’inconnu, vers l’inconscient et vers l’impulsivité ! 

    Dans ce maelström de créations inattendues et de rêves matérialisés, se dessine la silhouette de ceux qui ont pavé la voie de cette évasion perpétuelle de l’esprit. Si le post-surréalisme d’aujourd’hui explore de nouvelles dimensions, c’est à ses ancêtres qu’il doit la fronde initiale contre la tyrannie du réel. Parmi eux, André Breton, figure emblématique, dont la quête d’absolu l’entraîna bien au-delà des frontières de l’imaginaire, jusqu’au tribunal (du réel cadre juridique). Ainsi, une confrontation surréaliste et judiciaire prend forme, illustrant les tensions entre l’art, la norme, et le geste créateur absolu : l’impulsivité. 

    Breton et Mammouth une brève histoire du surréalisme. 

    En 1953, André Breton se retrouva devant le Tribunal correctionnel de Cahors, accusé de détérioration d’une peinture rupestre représentant la trompe d’un mammouth dans la grotte de Pech-Merle. Cet incident survint après son installation à Saint-Cirq Lapopie en 1951, où il trouva un enchantement immuable, selon ses propres mots.

    L’altercation survenue en juillet 1952 entre Breton et Monsieur Bessac, député et gérant de la grotte, attira l’attention des gendarmes locaux. Breton, accompagné de sa femme, de son ami Adrien Dax, ainsi que de l’épouse et de la fille de ce dernier, visita les grottes sous la conduite de Monsieur Bessac. Un désaccord éclata lorsque Breton toucha un dessin rupestre, provoquant l’effacement partiel de celui-ci et une altercation violente entre les deux hommes.

    L’affaire prit une ampleur médiatique considérable, avec des écrivains et intellectuels tentant d’intervenir en faveur de Breton, sans succès. Le procès eut lieu le 13 novembre 1953, où les arguments de l’accusation, dépeignant Breton comme un poète en quête de notoriété, furent contrés par une défense plaidant la légèreté de l’acte et la complexité de l’environnement touristique des grottes.

    Le verdict condamna Breton à une amende de 25 002 francs, incluant des frais pour la commune, l’État, une amende pénale et des dommages-intérêts. Cette confrontation entre la réalité juridique et le monde surréaliste laisse une trace singulière dans l’histoire, laissant en suspens la question de l’acquittement de l’amende par Breton… 

    Ainsi, tout acte surréaliste naît de l’impulsivité de son auteur. Aujourd’hui, le post-surréalisme, s’empare des restes du surréalisme classique pour les transcender, les enflammer d’une essence nouvelle. 

    Cet acte de toucher la peinture millénaire devient alors une déclaration de guerre contre le statu quo, une affirmation que l’art, même millénaire, doit être vivant, doit interagir, doit provoquer.

    En tirant sur ce pot de fleurs fanées, il ne faut pas détruire mais raviver, faire éclore des pétales de néon là où l’on n’attendait que poussière. Les objets du quotidien, les gestes banals, les saveurs incongrues sont autant de portails vers une dimension autre, où le banal devient extraordinaire, où chaque instant est une invitation à l’émerveillement. 

    Victor Cabras