Suite à une séance du ciné-club de la revue en présence du réalisateur à la Filmothèque du Quartier latin, Marelle a pu poser quelques questions brèves à Michel Gondry, en attendant un plus long entretien…
Marelle : Dans le making-of de La Science des rêves (2006), on aperçoit votre tante Suzette lorsque vous tournez les séquences animées du film pendant deux mois dans les Cévennes. D’une certaine façon, c’est votre premier film tourné dans les Cévennes, un endroit que vous privilégiez pour travailler. Est-ce que vous vous y rendez à chaque projet ?
Michel Gondry : Non, malheureusement, mais j’aimerais y tourner tous mes films.
Marelle : Dans La Science des rêves, vous jouez de la batterie sur la bande son du film. N’avez-vous jamais eu la tentation de composer entièrement, à la manière de Quentin Dupieux ou John Carpenter, la bande originale de l’un de vos films ?
Michel Gondry : J’y pense parfois, mais j’ai bien peur que ce soit au détriment du film.
Marelle : Gael García Bernal est un choix particulier comme alter-ego. Vous avez dit que vous avez peu de points communs avec lui, notamment car il n’était pas évident de percevoir chez lui des traits de timidité et une nature complexée. Pourquoi avez-vous choisi cet acteur ?
Michel Gondry : Il y avait des différences, bien sûr, mais aussi des ressemblances, moins visibles, comme l’intensité de son sentiment pour sa voisine, qui s’approche de la folie. Une forme de déraillement mental.
Marelle : Vos films américains partent souvent d’idées que vous avez eues en France. Soyez sympas, rembobinez part d’une idée de reprendre une petite salle de cinéma dans le 18ème arrondissement, « où les habitants auraient bricolé des films et les auraient projetés ». L’idée de The We and the I (2012) vous est venue lors d’un trajet dans le bus 80 dans le 15ème arrondissement. La réalité aux États-Unis ne vous semble moins inspirante ?
Michel Gondry : Je ne cherche pas à étudier la différence entre les pays. Cependant, les idées dont vous parlez sont souvent apparues dans des périodes assez reculées, lorsque j’habitais en France.
Marelle : Vous avez une relation particulière au rap. Vous avez réalisé l’excellent documentaire Dave Chappelle’s Block Party (2005) tourné à Brooklyn dans lequel on retrouve Kanye West, Mos Def, Big Daddy Kane et bien sûr les Fugees. Dans The We and the I, vous avez utilisé des morceaux de Slick Rick, de Big Daddy Kane ou encore du rappeur Young MC. Quel est votre rapport personnel à cette musique ? Et est-ce vous qui avez effectué le choix des morceaux dans The We and the I ?
Michel Gondry : Ces musiciens aiment surtout mes clips, avec lesquels ils ont grandi. Il y a peut-être une similarité entre leur côté inventif et la production innovante de ma musique rap/hip-hop. Oui, j’ai fait le choix des musiques : la première moitié avec des musiciens old school symbolisant le Bronx, puis, pour la seconde partie, essentiellement des titres du groupe Boards of Canada.
Marelle : Comment avez-vous rencontré les deux co-scénaristes de The We and the I (Jeff Grimshaw et Paul Proch) ? À quoi ressemblait le premier scénario du film et d’où venaient vos désaccords ?
Michel Gondry : Nous avons interviewé les participants au projet pendant 18 mois et intégré leurs mots sans les changer, tout en respectant la trame que j’avais écrite auparavant. Paul Proch est une connaissance de Charlie Kaufman.
Marelle : Dans vos longs-métrages de la fin des années 2000/début 2010, vous mélangez plusieurs formats au sein d’un même film, que cela soit dans L’Épine dans le cœur (16 mm, appareil photo numérique, archives familiales en Super 8, animation…), The We and The I (numérique, vidéos sur téléphone portable…) ou encore Conversation animée avec Noam Chomsky (16mm avec votre bolex, animation…). S’agit-il de choix délibérés ?
Michel Gondry : Il n’y a pas tant de changements que cela, et ils sont toujours utilisés pour des raisons techniques et non esthétiques.
Marelle : Dans Conversation animée avec Noam Chomsky (2013), vous mettez en scène votre processus créatif mais vous confiez aussi vos doutes et vos réflexions à l’aide de la voix-off (l’urgence de faire le documentaires avec Chomsky, la préparation de L’Écume des jours…). Pourquoi vous est-il paru nécessaire d’apparaître dans ce film ?
Michel Gondry : À vrai dire, je n’ai pas de réponse. Il avait le savoir, j’avais l’art : une forme d’égalité s’est établie.
Marelle : La figure de votre tante Suzette est très présente dans la dernière partie de votre filmographie. Le personnage de Daniel « Microbe » dans Microbe et Gasoil l’évoque brièvement lorsqu’il doit décrire un membre de sa famille pour une rédaction d’école. Pourquoi ne pas l’avoir fait apparaître comme personnage dans Microbe et Gasoil ?
Michel Gondry : Microbe et Gasoil se déroule dans le Morvan, pas dans les Cévennes. Il n’y a pas de Suzette dans le Morvan.
Marelle : Dans Le Livre des solutions, votre personnage se dit « manipulé ». Est-ce un sentiment que vous avez constamment ou qui a surtout été présent lors du montage de L’Écume des jours (2013) ?
Michel Gondry : Un peu en général, mais beaucoup plus durant L’Écume des jours, où je n’allais pas bien.
Marelle : Il y a bien sûr de nombreux échos entre Le Livre des solutions et L’Épine dans le cœur, notamment l’idée de projection en public d’un film dans une grange. Dans L’Épine dans le cœur, il s’agit du film Remorques de Jean Grémillon qui est projeté. Dans Le Livre des solutions, c’est le film de votre personnage Marc Becker. Avez-vous réellement organisé une projection d’un montage de L’Écume des jours dans le village de votre tante ?
Michel Gondry : Ce n’est pas exactement au même endroit : à 300 m, exactement. Nous avons projeté Remorques pour L’Épine dans le cœur, et la première moitié de L’Écume des jours dans la même grange pour Le Livre des solutions.
Marelle : Pour la Nuit Blanche 2025, vous avez créé l’affiche et réalisé un court-métrage d’animation coécrit avec Valérie Donzelli.
Michel Gondry : Valérie Donzelli m’a commandé un film pour sa nuit blanche. Elle voulait installer le concorde sur la place de la concorde mais ce n’était pas possible alors l’ai j’ai animée en train de préparer toute l’installation.
Propos recueillis par Romain Dupeyras
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