Mon Lancelot tu es ma joue meurtrie
Et les pentes que tu dévales à l’appel de mon nom
Sont un miroir de minuit qu’il me plaît à contempler
Lorsque je devrais de la vie quelquefois soupirer
Tes voix me reviennent sans cesse à l’ouverture de mes yeux sans sommeil
Ton sort contre mes pupilles dilatées comme le jour
Déverse les faisceaux élancés d’une danse
Tes mains quadrillées sur l’espace infini
Qu’elles me veulent le silence enfantin du plus malheureux des hommes
O mon domaine contingent
J’hume les eaux de la mort dans ce jardin de Provence
Tes larmes imaginées me filent entre les doigts
Et je voudrais goûter comme au plus profond d’un abîme
La senteur salée de leurs portiques blancs de leurs bancs d’ivoire
Mon cher je palperai ta semence à éviction
Je tuerai pour toi la proie à bienfaisance
Pour ta rançon je mènerai des chars à la guerre
Pourquoi ne me regardes-tu pas en face dis-moi
Te dégoûte-t-elle ma mimique navrante lorsque je lève la bouche ?
Je te le dis tu te promènes parmi les langueurs des morts
Pendant que dans le tréfonds de mes pudeurs
Je crois aimer l’alchimie de ton corps
Tout cela le voilà
Est senza fine
Et encore dans les sphères opaques
Ta bouche enivrée des sens assemblés
Déverse ses offrandes lumineuses aux sources de mon baptême
De la mort je bois le poison limpide senza fine
De tes joues blanches j’embrasse la mort aride senza fine
Les chaînes de ton corps je les voudrais à moi-même liées anche senza tenerezza
Ma sépulture en toi hors de l’histoire sempre senza fine
Jusqu’à la fin je n’aurais cesse de nourrir mes addictions pour ton venin
fino alla fine senza fine
Mais ange mortel homme de peu de foi
Tu m’accoutumes à ta beauté florilège ange terriblement terrestriel
Et je meurs de te regarder à travers la lune de mes yeux sans fenêtre
Que suis-je mon frère ne puis-tu pas me sauver un peu aussi quand je me noie
Te délectes-tu de mon malheur de ma faiblesse
Dans ton silence
Te délectes-tu de l’odeur de ma mort pour la beauté de tes lèvres ?
Mes mots me reviennent en appendice
À l’embout de ma gloire reviennent mes mots
Comme dans un de ces concerts
De colombes élastiquement dressées vers le ciel
Les phrases s’assemblent en farandole élevée
Ton miroir au milieu de chacun de ces drapeaux
Me tourmente les veines esseulées
À la manière d’une chanson faussement prononcée pour le mauvais amant
Ces drapeaux flottants dans l’encens ces mauvaises paroles tout cela
Est vrai
Tout est vrai comme tu es encore là
Et encore là je te vois je ne le feins pas
Ainsi je t’ai saigné pour la mort de moi-même
Ange faussement vrai
J’ai frôlé ma mort dans la quête de toi
Outrage balancé entre mes mains de forcenée
Sans sépulture assez vivante pour leur misère
Consolez-moi alors j’arrêterai mes vers d’affliction
Peut-être aussi j’arrêterai d’être poète
Vidée de la vie qui m’embrase
Je serai un homme comme un autre
Peut être sans la terreur des flammes
Et toi o ma lune argentée comme cet automne suave
Chère compagne des nuits endeuillées
Dis-moi qui je suis car à part mon nom je ne me connais pas
À part mon ombre je ne me vois pas
Je reste là gavée des substances de moi-même
Et je reste dans ce monde sans visage
Toi mon double amical
Tu restes à ma porte dans le plus blanc des silences
Tu m’aimes contre le gré du vent et des saisons sans raison
On se possède dans nos symétries sidérales
Je t’aime o ma lune qui ressemble à mon œil gauche
Celui dont j’hérite pour toutes mes maladresses
J’aime nos corps blancs derrière le paravent de l’histoire
Car nous voilà réunis pour des combles immortels
Que personne ne sache notre rêverie notre monstruosité
Nos horizons sans cesse se multiplient sous les voûtes du vent
Alors je crois que je côtoie un monde enseveli
Peut-être celui du ciel près des anges
Parfois je crains qu’il ne fût celui de l’enfer
Et parfois o mon ombre dans l’ombre de tes voiles
Ceux que j’aime entre tous tu me fais pleurer
Parfois personne ne voit mon amour
Ta torture infinie
Alors lune à l’amour
Lune dans ma main comme mon enfant
Oracle sempiternelle des dieux païens
Je réalise dans la vanité de mes soirs que tu me trahis
Et je pleurerai toute ma vie pour toi mes larmes les plus secrètes
Ma joie ma peine c’est que tu es un miroir scandaleux
Car enfin j’enrage de devoir mourir en t’aimant
Quelqu’un me dit dans le secret de la paix que c’est une supercherie
À l’amour à nouveau meurtrie
C’est l’abus du monde qui me croise à nouveau les mains
Sur ce trône aux mille et un remparts aux mille et un échafauds
Le reflet des mers en spirales ses poissons virevoltants comme des flammes
Dans un gouffre grand comme l’histoire les voilà
Ces alter-mondes
Me cachant depuis la nuit des temps des cœurs innombrables
Ouverts en extase sur le tapis des rois les vignes de nos entrailles
Le sang de la vie comme le sang de la mort
À l’infini dans mes mains
Amore senza fine
Tu es
La lune courtisée
jusqu’ au deuil des hommes
Amore per sempre ferito
Tu es pour toujours
Sans fin
Bianca M.
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