Tu m’as sortie de ma vie
Tes lèvres, grandes fenêtres
S’ouvrent sur un monde
Que mes yeux n’ont jamais vu
Ni en vrai ni en rêve
Tu m’as sortie de ma vie
Quand tu m’as pris la main
On est allés marcher et c’était presque
Comme redevenir un nouveau né
Ta maison m’accueille
J’avance les yeux ouverts
Les odeurs me parviennent
Les indices de ton histoire m’émerveillent
Toi,
Tu n’as rien à découvrir
Il n’y a que ma peau à sentir
Ton mystère à toi au loin s’étend
Moi je suis seule, bientôt solvée
Toi
Tu ne peux pas dépasser mon corps
Quand tu l’auras parcouru
Ton amour sera repu
J’aimerais te dire merci
Tu m’as sortie de ma vie
Comme un tour de manège
La lecture d’un poème
Tu m’as faite sans passé
Presque cire remodelée
Par mes mains ta tendresse
Tes chants ma maladresse
Par le vent de ta voix
Et le vent de la mienne.
Et voilà que nous ouvrons des tombeaux
La nuit, la mer disparaît
J’ai compris pourquoi j’aimais la douleur
En plein soleil c’est un outrage
D’avoir le cœur solide l’esprit agile
Il faut connaître de l’été la détresse
La gloire d’un ciel noir en Sicile
La crainte de la baignade
D’une mort sous le cagnard
Et voilà que nous ouvrons des tombeaux
La nuit, le monde est une fosse
Sur la route de la falaise
J’ai vu les blancs fantômes renaître
Portant à leur bras une ombrelle
Ils ont félicité la larme qui me venait
Comme un enfant béni dont ils auraient appris
La venue sur terre
L’avenir très céleste
Dans ma robe couleur d’orage
Je les ai tous invités à ma table.
Un jour
Quand la nuit restera un an sur la ville
Il faudra bien nous sauver de cette ombre embêtante
Quand c’est le matin on mange on joue
Quand c’est le midi on joue on mange
Et le soir aussi, on dîne
Cela s’appelle un jour.
Il faudra bien s’en souvenir
Car le même soleil noir assombrira
La mémoire amputée un peu plus chaque fois.
Quand les contours du cœur se dessinent
Quand je dois respirer à la surface
Quand j’ai envie de t’embrasser
Cela s’appelle l’amour
Il faudra bien s’en souvenir
Car le grand sommeil bientôt menacera
Comme un adulte en colère
Qui ne croit plus en ses rêves
Un bruyant hélicoptère
Qui trace au-dessus des rues des grands cercles.
Tu es tendre, mon homme, bien plus tendre que moi
De l’arbre la sève coule jusqu’à moi
Jusqu’aux mots colère
Et au fond du cœur elle se distille
Tu es beau, mon homme, bien plus beau que moi
Quand tu t’allonges, je sais que tu penses
Derrière ta chair blanche tes yeux clairs
Viennent jusqu’à moi météores innocentes
Au fond de ma terre elles sombrent
Me creusent comme une pierre lancée
Sur le sol qui porte le souvenir de la marée
Tu sais que les os nous font faussement croire
À la rigidité de notre corps
Les mots alors remontent à la surface
Bientôt tu seras sous eux ensevelis
Mes craintes sous tes paupières, cailloux étoiles poussières
Je te rends malade délabré comme une antique ruine.
Tu te lèveras un jour, montagne dressée
Et tu enlèveras de tes épaules
Le manteau de fumée que j’ai sur toi craché
Je ne sais pas si tu franchiras le seuil
La lumière au coin de l’œil
Ou si tu resteras, que tu me gronderas
D’avoir tout envahi avec mes peurs idiotes
On fera le ménage, peut-être
On passera le balai sur toi sur moi
On dira, quel bazar ! Puis,
Mes excuses je fais tout le temps ça
Déverser tout ce qu’il y a de noir
Sur ceux qui s’approchent, voilà.
Au début l’amour me gêne comme un cailloux dans une chaussure
Je ne sais pas encore que tu es la perle dans la coquille
Sous la plante dans la panique la parfaite rondeur
M’est inconnue.
Toujours je fais confiance à la plante grimpante l’herbe mauvaise
Jamais à la fleur épanouie I don’t believe in blessings.
J’admets l’arme en main que tu as tout d’un ange
Rien du chardon des champs
C’est moi qui suis à craindre peut-être
Avec tout au dedans mes haines
Pour d’autres retenues.
Mes mots sans soleils dans le corps cimetière.
Ce n’est pas du mépris, c’est de la maladresse.
Tu es silencieux mon homme, plus silencieux que moi
Mon silence crie toujours, toi il te berce comme un enfant
Tu as la douceur, je n’ai que la rancoeur,
La violence qui n’attend
Que l’excuse pour frapper, que la faiblesse pour régner.
Tu es tendre mon homme, bien plus tendre que moi.
Martha Tehora