Catégorie : Création

  • Pérégrinations

    I

    a mis soledades voy ma lèvre éteinte essayera un cri

    de mis soledades vengo par des ruelles misérables

    tortillant des confessions honteuses

    o délivrance !

    achetée par le vol 

    d’une feuille

    sans fils 

    déracinée

    comme la mer aux coquillages:

    o, o, o, o

    l’aube pourri de ma liberté !

    II

    porque para andar conmigo mes pas brisés et décharnés

    témoigneront les villes tombant 

    l’honneur en hausse de mes décombres :

    me bastan mis pensamientos mon regard et voix volés par un miroir 

    tel un écho parlant avec lui-même

     consolation

    à l’étoile filante

    perdue 

    de son sillage :

    le lac aux reflets gelés  

    tiré au clair du silence

    déclaré son espace 

    de lumière

    ô de sa voix 

    brillante ! flétrie !

    par le vent mauvais

    au-dessous des eaux

    tombé

    III

    que un hombre que todo es alma les boulevards saigneront 

    está cautivo en su cuerpo à l’extension de mes veines

    sur la ville —mon sépulcre blanchi—

    et on fera la statue à mesure

    et mon portrait poussera mutilé

    et dans la noire nudité de mes membres

    le verbe humain

    désincarné

    épanouissant ! 

    entiendo lo que me basta :

    nu délivré

    de sa forme 

    du son

    soit le chant de philomèle !

    sa langue est 

    morte :

    o fugue 

    immobile 

    de la parole !

    IV

    Descaminado … toujours

    la démarche incertaine

    et la regarde sans couleur 

    le thème entonné des collines à minuit

    si toujours

    les pas des tessons reverberant la terre :

    toujours l’obscur rythme du desert 

    étincelant

    el silencio por nadie se quebranta

    mais

    la nuit tranché aux crête

    les ombres 

    égorgés 

    à cascade :

    ses gémissements se sculptent sur la mer :

    des eaux pour trouver

    l’horreur de

    cette cadence cassée

    et libre :

    enfermo devenu le gardien de mon sourire

    le soleil le seul a m’embrasser 

    et la nuit pleurant d’éclipses constellé

    ma voix vidée

    parlant le langage de sourde-muets :

    peregrino that All which always is all everywhere :

    débris des jours entre mes mains :

    la palabra

    de tinta dura llave

    sangrante anquilosado reflejo

    de mí mismo.

    Enrique Barillas

  • Madame le maire et le Surmulot

    Chante, puante Muse, exilée loin des cieux,

    Traînant dans les égouts, tes vers licencieux,

    Chante l’affreux déclin, la piteuse agonie,

    L’avènement du Laid, la régnante infamie .

    Chante d’une cité l’inique décadence,

    L’antique Lutetia devenue pestilence,

    La divine Paris, avilie en Paname,

    La Ville de l’Amour, dépouillée de son âme.

    Voilà qu’un soir parut, l’air songeur ou stupide —

    Stupide convient mieux — cette femme insipide

    Qu’un vain titre de « maire » emplit d’un fol orgueil,

    Quand, régnant sur Paris, elle en crée le cercueil.

    Ambule, disions-nous, notre hidalgue adoré,

    Courant les mortes rues, enfers inexplorés,

    Labyrinthes ombreux où, égalant les Antiques,

    Elle sut renouveler l’exploit catabatique

    Mais stop, oui cessons donc ces palabres obscènes

    Et tâchons d’exposer les détails de la scène.

    Arrachée à l’ébène, émerge notre Maire

    Toute baignée des rais qu’écoule un lampadaire ;

    Perdue en ses néants, elle s’avance, insouciante,

    Lorsque, soudainement, sa chaussure défiante

    Bute contre une boule, énorme et bien velue,

    Qui allait et venait au milieu de la rue.

    Son sang ne fait qu’un tour, notre Reine apeurée

    Manque de s’étaler sur le sol peinturé

    Par les libations faites aux dieux chtoniens,

    Ces ondées mordorées, sœurs des crottes de chiens.

    Mais elle ne choit point, et levant ses prunelles,

    Voit que la toise un rat à l’air spirituel,

    Un rat ? Mais qu’ai-je dit, ce n’est qu’un surmulot,

    Le ventre rebondi, le visage falot,

    Qui trottait, guilleret, visitant les poubelles

    Dont se pare, à présent, notre ville éternelle.

    Notre rongeur, poli, s’adresse à l’importune :

    « Madame, pardonnez, mais c’est là mon derrière,

    Je vous prierais bon dieu de faire marche arrière ;

    N’y a-t-il point ici suffisamment d’espace ?

    Serais-je, bien que rat, autrement perspicace

    Que vous autres, humains, habitants de ces lieux ?

    Cela vous surprend-il, que d’un rongeur les yeux

    S’irisent à la vue d’un pareil Paradis ?

    Oui, votre Eden n’est rien, ah ça je vous le dis,

    Comparé aux trésors que contient votre fief !

    Que nous sommes bénis de vous avoir pour chef !

    Pour le dire en deux mots, un nom grec lui sied bien,

    Votre Paris devient nos champs élyséens !

    Mille mercis, Altesse, ayez longue existence,

    Vous qui pourvoyez tant à notre subsistance !

    Que vous gardent les dieux, que les gens vous élisent,

    Car d’être sous vos lois notre engeance se grise !

    Adieu, madame, adieu, surtout continuez,

    Que votre empire si doux nous fasse prospérer. »

    À ces mots, le rongeur quitta la gente dame,

    Heureux d’avoir osé lui déclarer sa flamme.

    Celle-ci, hébétée, fila vers la mairie,

    Regagner l’abri de sa chère seigneurie.

    Vois, lecteur, que le joug d’un bien funeste empire

    Déniche constamment des cœurs à réjouir,

    Et se satisfaisant de ce peu d’amateurs

    N’en brisera que plus ses justes détracteurs.

    Toujours les pires rois trouveront des adeptes,

    Pour célébrer tout haut leurs réformes ineptes.

    Théo Broussas 

  • Vers d’errance

    Mon Lancelot tu es ma joue meurtrie

    Et les pentes que tu dévales à l’appel de mon nom

    Sont un miroir de minuit qu’il me plaît à contempler

    Lorsque je devrais de la vie quelquefois soupirer

    Tes voix me reviennent sans cesse à l’ouverture de mes yeux sans sommeil

    Ton sort contre mes pupilles dilatées comme le jour

    Déverse les faisceaux élancés d’une danse

    Tes mains quadrillées sur l’espace infini

    Qu’elles me veulent le silence enfantin du plus malheureux des hommes

    O mon domaine contingent

    J’hume les eaux de la mort dans ce jardin de Provence

    Tes larmes imaginées me filent entre les doigts

    Et je voudrais goûter comme au plus profond d’un abîme

    La senteur salée de leurs portiques blancs de leurs bancs d’ivoire

    Mon cher je palperai ta semence à éviction

    Je tuerai pour toi la proie à bienfaisance

    Pour ta rançon je mènerai des chars à la guerre

    Pourquoi ne me regardes-tu pas en face dis-moi

    Te dégoûte-t-elle ma mimique navrante lorsque je lève la bouche ?

    Je te le dis tu te promènes parmi les langueurs des morts

    Pendant que dans le tréfonds de mes pudeurs

    Je crois aimer l’alchimie de ton corps

    Tout cela le voilà

    Est senza fine

    Et encore dans les sphères opaques

    Ta bouche enivrée des sens assemblés

    Déverse ses offrandes lumineuses aux sources de mon baptême

    De la mort je bois le poison limpide senza fine

    De tes joues blanches j’embrasse la mort aride senza fine

    Les chaînes de ton corps je les voudrais à moi-même liées anche senza tenerezza

    Ma sépulture en toi hors de l’histoire sempre senza fine

    Jusqu’à la fin je n’aurais cesse de nourrir mes addictions pour ton venin

    fino alla fine senza fine

    Mais ange mortel homme de peu de foi

    Tu m’accoutumes à ta beauté florilège ange terriblement terrestriel

    Et je meurs de te regarder à travers la lune de mes yeux sans fenêtre

    Que suis-je mon frère ne puis-tu pas me sauver un peu aussi quand je me noie 

    Te délectes-tu de mon malheur de ma faiblesse 

    Dans ton silence

    Te délectes-tu de l’odeur de ma mort pour la beauté de tes lèvres ?

    Mes mots me reviennent en appendice

    À l’embout de ma gloire reviennent mes mots

    Comme dans un de ces concerts

    De colombes élastiquement dressées vers le ciel

    Les phrases s’assemblent en farandole élevée

    Ton miroir au milieu de chacun de ces drapeaux

    Me tourmente les veines esseulées

    À la manière d’une chanson faussement prononcée pour le mauvais amant

    Ces drapeaux flottants dans l’encens ces mauvaises paroles tout cela

    Est vrai

    Tout est vrai comme tu es encore là

    Et encore là je te vois je ne le feins pas

    Ainsi je t’ai saigné pour la mort de moi-même

    Ange faussement vrai

    J’ai frôlé ma mort dans la quête de toi

    Outrage balancé entre mes mains de forcenée

    Sans sépulture assez vivante pour leur misère

    Consolez-moi alors j’arrêterai mes vers d’affliction

    Peut-être aussi j’arrêterai d’être poète

    Vidée de la vie qui m’embrase

    Je serai un homme comme un autre

    Peut être sans la terreur des flammes


    Et toi o ma lune argentée comme cet automne suave

    Chère compagne des nuits endeuillées

    Dis-moi qui je suis car à part mon nom je ne me connais pas

    À part mon ombre je ne me vois pas

    Je reste là gavée des substances de moi-même

    Et je reste dans ce monde sans visage

    Toi mon double amical

    Tu restes à ma porte dans le plus blanc des silences

    Tu m’aimes contre le gré du vent et des saisons sans raison

    On se possède dans nos symétries sidérales

    Je t’aime o ma lune qui ressemble à mon œil gauche

    Celui dont j’hérite pour toutes mes maladresses

    J’aime nos corps blancs derrière le paravent de l’histoire

    Car nous voilà réunis pour des combles immortels

    Que personne ne sache notre rêverie notre monstruosité

    Nos horizons sans cesse se multiplient sous les voûtes du vent

    Alors je crois que je côtoie un monde enseveli

    Peut-être celui du ciel près des anges

    Parfois je crains qu’il ne fût celui de l’enfer

    Et parfois o mon ombre dans l’ombre de tes voiles

    Ceux que j’aime entre tous tu me fais pleurer

    Parfois personne ne voit mon amour

    Ta torture infinie

    Alors lune à l’amour

    Lune dans ma main comme mon enfant

    Oracle sempiternelle des dieux païens

    Je réalise dans la vanité de mes soirs que tu me trahis

    Et je pleurerai toute ma vie pour toi mes larmes les plus secrètes

    Ma joie ma peine c’est que tu es un miroir scandaleux

    Car enfin j’enrage de devoir mourir en t’aimant

    Quelqu’un me dit dans le secret de la paix que c’est une supercherie

    À l’amour à nouveau meurtrie

    C’est l’abus du monde qui me croise à nouveau les mains

    Sur ce trône aux mille et un remparts aux mille et un échafauds

    Le reflet des mers en spirales ses poissons virevoltants comme des flammes

    Dans un gouffre grand comme l’histoire les voilà

    Ces alter-mondes

    Me cachant depuis la nuit des temps des cœurs innombrables

    Ouverts en extase sur le tapis des rois les vignes de nos entrailles

    Le sang de la vie comme le sang de la mort

    À l’infini dans mes mains

    Amore senza fine

    Tu es

    La lune courtisée

    jusqu’ au deuil des hommes

    Amore per sempre ferito

    Tu es pour toujours

    Sans fin

    Bianca M.

  • Poèmes

    Ce matin-là, je me suis levé d’humeur mystique.

    Dans le soleil dégoulinant, les rayons graisseux.

    Je suis parti avec mon baluchon tendu, en me disant :

    « C’est aujourd’hui que je bouffe les yeux d’un aveugle. »

    Ou au moins celui d’un borgne, saveur ciel bleu.

    Ça ne sert plus à rien de toute façon, c’est juste une boule qui gêne dans l’orbite.

    Prête à devenir un gros chewing-gum, du genre des mammouths à deux sous qu’on prenait après l’école. On laissait la fin aux gamins de prolos, qui mordaient dedans au bout d’un moment.

    Ils ne le disaient pas, mais je savais qu’ils le gardaient en bouche jusqu’au dîner pour en extraire les derniers arômes industriels.

    J’ai laissé mes oripeaux au bord de la plage. J’ai juste gardé ma cuillère à café levée dans mon poing serré et mes crocs dans ma boite à camembert.

    ⁂ ⁂ ⁂

    J’ai un vieux robinet à l’arrière de mon crâne. (Pleurer n’allait pas assez vite.)

    Il est en fer, caché sous mes cheveux.

    On l’a mal refermé. Ma cervelle a coulé.

    Ça a laissé une traînée, je m’y suis ramassé.

    Les quelques neurones restés à l’intérieur se sont fait la guerre nucléaire.

    Ils ont tout mazouté, c’est vraiment dégueulasse.

    Il y a aussi un crépitement, une chaleur, qui m’appuie sur le bazar.

    Mes yeux me picotent toute la journée.

    Je vais prendre un marteau et aérer tout ça.

    ⁂ ⁂ ⁂

    Aïe aïe aïe, te voilà : c’est encore l’infarctus !

    Mon foie est tout jauni, mes poumons goudronnés.

    Mon sang est liquoreux, mes artères bouchonnées.

    Dans le reste de mon corps, c’est les montagnes russes.

    Mes pensées et mon squelette se désarticulent,

    Je te vois dans mes pas, au dextrométhorphane.

    Ma mâchoire est bloquée depuis ma clavicule.

    Impossible d’exprimer quelques idées profanes.

    Mes dents sont contractées, tous mes mots sont sifflés.

    Mon âme est compassée. Je suis tout effondré.

    ⁂ ⁂ ⁂

    Soleil 

    Le mot salope est un mot rond,

    Comme le mot « mot » qui est aussi un mot rond.

    Il se démarque de ses sœurs – « pute, conasse, catin, trainée » – qui sont bien plus obtus.

    Ça roule dans la bouche, comme le miel, c’est sirupeux… Avec juste le petit P à la fin, qui relève le tout.

    On aurait envie de le dire toute la journée, à n’importe qui : salopesalopesalopesalope.

    Ça pourrait presque vouloir dire « soleil ».

    Mais on aurait plus de mot pour signifier salope du coup.

    ⁂ ⁂ ⁂

    Sur la route, le ronronnement de sa Seat.

    Vers la Normandie, une émotion adéquate.

    L’horizon qui fuse, bercé, contre l’appui-tête.

    Les roulis des suspensions bas-de-gamme, peut-être.

    On avale le Calvados, on découvre la plage :

    Elle scintille au lointain à travers les feuillages.

    On descend sur Deauville, on descend dans mon crâne.

    Sous les chemins sinuant, surplus de sens s’incarne.

    C’est un petit peu trop, car il n’y a pas de raison

    Que les choses s’organisent, ainsi, sans concession

    Dans la chaleur, la Seat, à deux pas de la plage.

    La femme qui conduit n’assure que le voyage.

    Je cherche timidement le manche du frein à main.

    Car on va où elle veut, même si c’est dangereux.

    ⁂ ⁂ ⁂

    Ai vu un type crever sur le pavé hier à Saint-Sulpice. Il était probablement en train de siroter un verre en terrasse, quand une douleur l’a pris à la poitrine. Il aurait fait « hin ! » et se serait écroulé par terre. Là, les pompiers sont arrivés, et ont tendu des draps blancs autour pour pas qu’on voit le type passer l’arme à gauche. Je voyais juste son pantalon moutarde et ses baskets « vieux-jeune » qui dépassaient sur le côté du drap, à droite. Une idiote a pesté sur le « regard morbide » des gens. Excusez-moi madame, je n’ai jamais vu de mort, moi. En tout cas pas en vrai. Le drap n’étant pas très haut, je voyais aussi les épaules du pompier monter et descendre très vigoureusement. Très fort. De là où j’étais, ça ressemblait à un type qui arrivait pas à faire la blague de l’ascenseur. J’ai continué à marcher, peu secoué, mais j’en voulais presque aux gens de pas être émus par tout ceci. Même jusqu’à Saint-Germain. J’ai vu une nounou avec deux gamins qu’elle engueulait. Enfin elle pestait un peu. J’avais envie de lui dire : « Excusez-moi madame, mais vous savez qu’y a un type qui est mort quand même ? » Mais non, tout le monde s’en foutait. Les gens ça meurt tout le temps, ça ne sait même vraiment bien faire que ça. Même le souvenir de ce mec qui meurt va mourir aussi. Et si jamais c’est pas le cas, je mourrais aussi avec le souvenir dans ma caboche. Après je suis allé dans l’église mais je n’ai senti que le silence. Puis je suis allé à L’Écume des pages et j’ai acheté 90 balles de bouquins. Alors que je lis pas tant que ça. Imbécile.

    Raphaël Parissis

  • La mort d’Alexandre Nikolaïevitch Scriabine

    Je passais, comme à mon habitude, le début du printemps dans ma maison de campagne, en banlieue de Moscou, quand je fus averti de la convalescence d’Alexandre Nikolaïevitch Scriabine.

    Le malade reposait dans le cabinet d’un petit appartement moscovite, à peine meublé et fort austère – on dit que les Scriabine vivaient presque en mendiants.

    À une extrémité de la pièce se trouvait le célèbre poète Balmont, aphasique depuis deux ans, l’air consterné et inquiet comme s’il mourait lui-même – à sa gauche, les célèbres philosophes Soloiev et Lopatine, flanqués ensemble comme deux petites taupes désolées et impuissantes – au chevet du lit pleurait sa femme Tatiana, dans les bras de ses trois enfants – enfin, près de la porte, se tenaient le Prince Troubetskoï, lequel semblait impatienté et presque gêné qu’on fît tant de cas d’une mort qu’il espérait plus expresse, un docteur, une grosse bonne, et le comte de Schlœzer, qui n’est, je crois, plus à présenter.

    Je restai quelques minutes interdit, planté sur le seuil de la porte. Puis la grosse bonne me tira par le bras, et je fis un pas pour voir le malade – il était tout couvert de barbe et de cheveux. Une petite plaie à la lèvre, qu’il s’était infligé par inadvertance en rasant sa moustache, avait dégénéré en un mortel furoncle et lui faisait comme un troisième œil –  car ses deux autres, vitreux, furetaient au hasard de l’espace, incapables de s’attacher en aucun de ses points. Moi qui n’avais jamais vu de mort, qui n’en avais, pour ainsi dire, jamais connu, ressentis un léger frisson parcourir le bas de mon dos et une sueur froide perler sur mon front ; je manquai de défaillir – faire tant de cas de la mort, mais s’étonner toutefois qu’elle  œuvre…

    Le Prince Troubetskoï, qui cherchait par tous les moyens à nouer conversation pour s’occuper un peu, se pencha vers moi : « Il délire… Il délire complètement… On dit qu’il était fou depuis quelques années déjà… » Il est vrai qu’on disait, depuis longtemps, que Scriabine était fou. Le comte de Schlœzer me prit par le bras et, d’une diction aristocratique : « Qu’est-ce donc qui le retenait ici-bas ?.. Comment pouvait-il agir sur une planète avec laquelle il avait déjà rompu tous ses liens ?.. Dire qu’il formait encore des projets il y a quelques semaines à peine… »

    Le médecin, qui faisait mine de tâter le malade, prit enfin congé : « Il n’y a plus rien à faire… Veillez sur lui ; accompagnez-le dans ses dernières heures. »

    Le Prince Troubetskoï, pensant qu’il n’avait plus rien à faire ici, lui non plus, et parce qu’il était attendu à l’autre bout de la ville pour une partie de whist, trouva une formule de condoléance par laquelle s’éclipser : « Madame, votre mari était un grand musicien, l’un des plus grands de sa génération, peut-être. Les Muses partageront votre deuil et la postérité, j’en suis sûr, saura lui trouver grâce. »

    Il s’écoula presque une heure d’un intégral silence. 

    Je pensai à mon deuil – qu’il serait difficile ! qu’il serait ingrat pour moi, qui suis si sensible !

    Le mourant se mit à parler : « Rapprochez un peu cette table… Vite… Non, plus près… Je ne peux pas la voir… Plus à droite… Oui… Et les fleurs… Posez dessus les fleurs… Et le broc d’eau… Et mes livres, aussi… » C’est qu’il vivait encore : il voulait tout avoir dans son champ de vision, tous les meubles, tous les petits objets de cette humble pièce ; il ne supportait plus l’idée que l’un d’eux puisse être près de lui sans qu’il le vît – tandis que le reste du monde, tout ce qui existait de terre derrière ces quatre murs était déjà mort à ses yeux. On s’exécuta – on fit composer ce petit tableau – dernière image peut-être qu’il emporterait d’ici-bas.

    Il se souvint que le cabinet avait une fenêtre et s’anima derechef, renaquit presque : « La fenêtre !.. Ouvrez la fenêtre !.. Faites-moi voir par la fenêtre… » La grosse bonne, qui n’entendait pas un mot de français, s’exécuta pourtant avec la plus simple évidence, ajusta le très lourd lit, aidée d’Ariadna et de Julian, et l’arrêta tout à fait en face de l’embrasure de la fenêtre dont elle tira les deux rideaux rouges. « Ah ! Non ! Non ! La rue !.. Le mur !.. Abattez le mur ! Vite ! Tombez le mur !.. » La petite fenêtre minuscule donnait sur une rue pavée, étroite, bornée – cul-de-sac que signalait l’incontestable présence matérielle d’un immeuble en vis-à-vis – on vit passer une laitière et trois galopins ; on entendit le pas de leurs sabots contre la chaussée ; on sentit une odeur de froment chaud et de fleur, peut-être – la fenêtre donnait à l’ouest, et, comme il était midi, le soleil d’avril dans sa révolution n’avait pas encore atteint le point duquel il éclairerait frontalement la pièce du mourant.

    « Je sens quelque chose qui grouille… » Scriabine s’époumona et vomit deux larges traînées de sang qui maculèrent ses draps. Balmont, très pieux, signa tous les recoins.

    Scriabine lançait à l’assemblée des regards furtifs, paniqués et contrits ; chacun baissait la tête comme un enfant grondé.

    MM. les philosophes se concertèrent ; Lopatine fit des messes basses ; Soloiev s’éclaircit la gorge et prit la parole, solennel : « Le corps meurt… L’esprit demeure… »

    « Prends-en ton parti, pensais-je, tu vivras sans lui, désormais. » Car je voulais déjà l’imaginer mort, pour plus vite m’habituer à son absence ; j’avais très peur.

    Il lui était de plus en plus difficile de parler mais, se tournant vers son fils Julian, Scriabine murmura : « Les insectes… Les petits insectes… Papier… Papier à musique… » Le petit lui fit apporter quelques grandes partitions vierges et une plume. Scriabine se tordait malhabilement derrière ses feuilles, que personne n’osait plus regarder. Sa femme lui baisait les pieds. Elle lui disait : « Sacha, prends ton opium », parce que l’opium apaisait ses douleurs et lui ouvrait les synapses. « Voulez-vous me dicter, papa ? » s’enquit la petite Marina, qui savait déjà bien la musique – elle n’avait que quatre ans. « Trop tard ! C’est la fin, reprit-il, je sens du chaud dans mes jambes… mais une eau très froide coule sous ma peau… je suis si liquide… je suis presque amphibien… » Soudain, il me regarda ; désolé, excessif : « Ivanouchka ! Tout est aboli, Ivanouchka ! » Puis il s’efforça de se lever – l’ultime effort – laissant tomber les partitions sur lesquelles il n’avait su que tracer d’énormes sphères, et, faisant deux pas vers la porte, s’écroulant à moitié sur moi, soutenant mon regard avec feu, réunit la force de son dernier souffle : « Ah, c’est la fin ! mon pauvre petit Ivan !.. Quelle catastrophe ! »

    Jean Sanniet

  • Apories

    I.

    Il a réclamé son sang 

    à l’instant de grâce 

    Il est incapable d’éteindre son chant 

    Il se lamente blanchement 

    Il en est bien obligé 

    Il s’est mis en tête l’idée de la haïr 

    Il a bien rempli ses yeux 

    pour rêver d’elle 

    quand il sera aveugle 

    « Vous êtes un rêve vous êtes 

    Vous êtes faite de pluie 

    Quand vous rejoindrai-je 

    A nous deux le grand saut »

    Il a le pied dans la ville 

    Il y adhère il y prend place

    Il renvoie la fumée d’où elle vient 

    Le vent fait danser sa chair 

    et le ciel va trop vite 

    Il a vécu de nombreuses vies 

    dans cette nuit 

    pleine de cicatrices 

    Il est tapi il attend 

    au son de l’orchestre somnambule 

    Il voit son ange suspendu 

    Son ange qui se balance dans la nuit 

    « Mon ange solitaire »

    Il le ramène vers lui 

    d’une force qu’il est le seul à pouvoir accomplir 

    et elle fait tout ce qu’elle peut pour le repousser 

    Son arme à feu crache des mots 

    L’ange est tombé du piédestal 

    de sa croix de fils de fer 

    L’amoureux des visages 

    tourne le dos à la femme qu’il a âbimé

    Il n’en garde que les traits qu’il a sculpté 

    Il range son ange dans les tiroirs tristes 

    Il en a des milliers 

    La plainte continue 

    avec de longs mots insensés

    Il ne reste qu’à se laisser flétrir

    et son ange est resté solitaire

    Ne te retourne pas 

    là-bas la moitié de ma vie  

    Tu me vois bien pourtant

    Ne laisse pas brûler 

    Ne laisse pas pâlir 

    Il l’a glissée dans son tombeau

    C’était à l’instant de grâce

    II.

    Dans la nuit couronnée

    j’ai fait un rêve

    un rêve indissoluble où on faisait

    ce petit jeu entre soi

    Tu dessinais la tête 

    On allait la couper 

    Elle dessinait ses jambes

    celles qui tanguent adorablement 

    Ivre de cette pesée des âmes 

    aimer être aimé

    s’apprendre par coeur 

    hors des deux amants lacés

    apparaissent deux corps assoupis 

    Leurs silhouettes affaiblies fondent sur la feuille 

    Ce sont les amants somnambules

    désarticulés au bout du dessin plié

    pâlis prêts à se déchirer 

    Leurs baisers sont des échos de leurs bouches 

    Leurs bouches sont face à face quand leur coeur est froissé

    C’est la meilleure idée qu’ils ont trouvée

    jouer au cadavre exquis à deux 

    Esquisse mortuaire tu es exquis mon cher 

    Viens te plier sur moi cadavre de chair 

    Mort je te veux dans l’amer moment

    L’éclipse claire des corps qui se cherchent 

    Une fois ils ont failli se toucher 

    C’était quand les mains les avaient rapprochés 

    Condamnés à rester couchés sur l’un et l’autre côté 

    sans jamais parler sans jamais caresser 

    Ils font l’amour avec les yeux 

    Ils sont là ils vont demeurer

    Deux amoureux maccabées 

    faits de papier

    à Mozart et Shéhérazade

    Je comptais mon ennui en grands seaux

    Alors je décidai qu’il fallait s’en aller

    Les grands boulevards vides sont les plus sûrs 

    quand la vie fait misère 

    On peut y trouver des marchands de hasard 

    qui vous vendent des rêves à des prix raisonnables 

    pour dormir en paix dans les soirs agités 

    J’achetai quelque chose 

    une clocharde l’amour 

    une histoire comme celle-là 

    Au moment d’assoupir l’insomnie menaçante 

    je vis s’ouvrir un livre de gravures médiévales 

    Des cadavres de bêtes des colombes en sang 

    peuplaient les rues gisaient parmi les ombres 

    Je partis dans la nuit en suivant les silhouettes 

    Je voulais voir où le rêve m’avait amenée

    Des tas des monceaux des monticules de bestiaux 

    balancés dans des chariots 

    dans un village

    de plus 

    en plus

    minuscule 

    On marchait sur les morts 

    entassés dans des cartons aux portes des maisons

    Les animaux avaient quitté leurs corps et leurs peaux 

    pour aller danser au bord de la Seine 

    dans un coin que presque personne ne connaît 

    Ils avaient fait croire à des suicides 

    exterminations en masse

    alors qu’il s’amusaient comme des fous 

    au bal de la mi-Carême

    Clément de Noiset et Marie Steller

  • Prophétie d’un enfant du siècle

    Boule de souffrances

    de jalousies

    de maladies :

    je n’existe que pour la DÉFLAGRATION !

    La haine triomphe de tout

    et le monde brûlera sous le poids de mon courroux

            La vision 

    Est

    un luxe que je ne peux pas m’offrir

    sans constater l’appendice débile

    de chair putride

         putride et stérile

            qui pend

                 lentement

     doucement

        -presque gentiment-

    Entre mes jambes….

    Tous mes muscles tremblent

    sous l’effet des arcs électriques

    qui secouent mon sang vicié

    Le monde croulera sous la violence

    des secousses

    qui m’habitent :

    Brûlures et séismes

    Percée sismique des volcans

    C’est la dérive des continents !

    Ma chair est INHOSPITALIÈRE

    et le monde mangera ce qu’il a semé

    dans l’antre turpide

    qu’est mon corps…

    Âme : anima → ANIMAL !

    Je serais le violeur de toutes les fillettes

    si les puissances chtoniennes 

    n’en avaient décidé autrement :

    Je violerais par pure méchanceté

    comme le chien rageur

    comme le chien râleur

    aux oreilles rongées par la gale qui

    MORD

    la main qui le nourrit ;

    comme le fou qui

    VOLE

    les couteaux qui lui servent à manger

       pour tendre une embuscade

      – dernier râle de vie –

    aux médecin qui le soignent !

    Je serai de ceux-là qui

    privés de TOUT

    bons à rien

    frappent la putain à ses reins

    Juste comme ça

       pour

          voir

             ce

                qu’il

                   SE

                     passe !

    Je HAIS

    (il n’y a aucun complément)

    La haine est pure

    innocente comme toujours

    (par nature)

    je HAIS je HAIS je HAIS

    le monde et vos temples

    le mors et vos tempes

    la morve qui pend jusqu’à vos jambes

    Fainéants proférant des foutaises

    je vous AURAI

    je tannerai votre peau sous le grand soleil

    (j’en ferai un cuir qui résistera à la pourriture)

    je montrerai votre scalpe aux dieux

    et je monterai jusqu’aux cieux

    pour ouvrir votre carcasse fétide

    et après avoir lu dans vos entrailles

    – car OUI je lis l’avenir ! –

    je jetterai votre cadavre du haut des pyramides

    je ferai pour les pouilleux

    les CHIENS bâtards

    RATS crevés

    amas de CRACHAT

    et LES races INFÉRIEURES

    je ferai de votre cadavre dans un piteux état

    une pitance qui leur suffira pour vaincre la puanteur

    – car OUI je lis l’avenir ! –

    (privé de mes yeux

    les dieux m’ont accordé ce don)

    Et ce que je lis dans vos tripes

    n’est pas beau à voir :

    il s’agit d’horreurs sans noms

          (sans noms ni fertiles îlots)

    de vérités sans lignées

    de figures dévisagées

       de jugulaires tranchées…

    Tu ne croyais tout de même pas que l’avenir serait beau ?

    Non, je te le dis :

    RIEN

    non rien

       ne restera sur mon passage

    l’herbe ne repoussera jamais derrière moi

       ou alors une herbe timide 

    – jaunâtre –

    qui aura l’odeur du pus et de la merde

    et l’aspect léthargique

      des charognes qui cuisent au 

         grand soleil !

    Les confins même de l’ESPACE

    succomberont et tomberont en délires épileptiques sans fins

    Et les fous

    les détraqués

    les foules d’esclaves déchaînées

    les innocents dans les fours

    Ceux que l’on a piétinés

    Ceux que l’on a humiliés

    Ceux à qui l’on a dit qu’ils étaient de TROP

    – OUI ceux-là justement ! –

    les intrus

          les ramassis de pustules

              qui rampent à défaut de pouvoir

    marcher !

    Ceux à qui l’on a ôté les sens et la volonté

    Ceux-là à qui l’on a ôté l’os de la bouche :

    le Nègre, la Femme, le Barbare

    Tous ceux-là se soulèveront

    (et ce ne sera pas joli à voir)

    la Seine sera ROUGE

       et les nuages NOIRS de toutes les têtes qui tomberont sur vos foyers abandonnés

    Pluie sans fin de cervelles écrasées !

             la scène sera vidée 

    ENFIN

           par tous ceux qui maintenant vivront

    Et pulluleront sur le ventre de vos putes distinguées 

    ….

    Clément de Noiset

  • Poèmes

    Tu m’as sortie de ma vie

    Tes lèvres, grandes fenêtres 

    S’ouvrent sur un monde

    Que mes yeux n’ont jamais vu 

    Ni en vrai ni en rêve

    Tu m’as sortie de ma vie

    Quand tu m’as pris la main

    On est allés marcher et c’était presque 

    Comme redevenir un nouveau né

    Ta maison m’accueille

    J’avance les yeux ouverts

    Les odeurs me parviennent

    Les indices de ton histoire m’émerveillent

    Toi,

    Tu n’as rien à découvrir

    Il n’y a que ma peau à sentir 

    Ton mystère à toi au loin s’étend 

    Moi je suis seule, bientôt solvée

    Toi

    Tu ne peux pas dépasser mon corps 

    Quand tu l’auras parcouru

    Ton amour sera repu

    J’aimerais te dire merci

    Tu m’as sortie de ma vie 

    Comme un tour de manège 

    La lecture d’un poème

    Tu m’as faite sans passé 

    Presque cire remodelée 

    Par mes mains ta tendresse 

    Tes chants ma maladresse 

    Par le vent de ta voix

    Et le vent de la mienne.

    Et voilà que nous ouvrons des tombeaux 

    La nuit, la mer disparaît

    J’ai compris pourquoi j’aimais la douleur 

    En plein soleil c’est un outrage

    D’avoir le cœur solide l’esprit agile

    Il faut connaître de l’été la détresse

    La gloire d’un ciel noir en Sicile

    La crainte de la baignade

    D’une mort sous le cagnard

    Et voilà que nous ouvrons des tombeaux 

    La nuit, le monde est une fosse

    Sur la route de la falaise

    J’ai vu les blancs fantômes renaître 

    Portant à leur bras une ombrelle

    Ils ont félicité la larme qui me venait

    Comme un enfant béni dont ils auraient appris 

    La venue sur terre

    L’avenir très céleste

    Dans ma robe couleur d’orage

    Je les ai tous invités à ma table.

    Un jour

    Quand la nuit restera un an sur la ville

    Il faudra bien nous sauver de cette ombre embêtante 

    Quand c’est le matin on mange on joue

    Quand c’est le midi on joue on mange

    Et le soir aussi, on dîne

    Cela s’appelle un jour.

    Il faudra bien s’en souvenir

    Car le même soleil noir assombrira

    La mémoire amputée un peu plus chaque fois. 

    Quand les contours du cœur se dessinent

    Quand je dois respirer à la surface

    Quand j’ai envie de t’embrasser

    Cela s’appelle l’amour

    Il faudra bien s’en souvenir

    Car le grand sommeil bientôt menacera

    Comme un adulte en colère

    Qui ne croit plus en ses rêves

    Un bruyant hélicoptère

    Qui trace au-dessus des rues des grands cercles.

    Tu es tendre, mon homme, bien plus tendre que moi 

    De l’arbre la sève coule jusqu’à moi

    Jusqu’aux mots colère

    Et au fond du cœur elle se distille

    Tu es beau, mon homme, bien plus beau que moi 

    Quand tu t’allonges, je sais que tu penses 

    Derrière ta chair blanche tes yeux clairs

    Viennent jusqu’à moi météores innocentes

    Au fond de ma terre elles sombrent

    Me creusent comme une pierre lancée

    Sur le sol qui porte le souvenir de la marée

    Tu sais que les os nous font faussement croire

    À la rigidité de notre corps

    Les mots alors remontent à la surface

    Bientôt tu seras sous eux ensevelis

    Mes craintes sous tes paupières, cailloux étoiles poussières 

    Je te rends malade délabré comme une antique ruine.

    Tu te lèveras un jour, montagne dressée

    Et tu enlèveras de tes épaules

    Le manteau de fumée que j’ai sur toi craché

    Je ne sais pas si tu franchiras le seuil

    La lumière au coin de l’œil

    Ou si tu resteras, que tu me gronderas

    D’avoir tout envahi avec mes peurs idiotes 

    On fera le ménage, peut-être

    On passera le balai sur toi sur moi

    On dira, quel bazar ! Puis,

    Mes excuses je fais tout le temps ça 

    Déverser tout ce qu’il y a de noir

    Sur ceux qui s’approchent, voilà.

    Au début l’amour me gêne comme un cailloux dans une chaussure 

    Je ne sais pas encore que tu es la perle dans la coquille

    Sous la plante dans la panique la parfaite rondeur

    M’est inconnue.

    Toujours je fais confiance à la plante grimpante l’herbe mauvaise 

    Jamais à la fleur épanouie I don’t believe in blessings.

    J’admets l’arme en main que tu as tout d’un ange 

    Rien du chardon des champs

    C’est moi qui suis à craindre peut-être

    Avec tout au dedans mes haines

    Pour d’autres retenues.

    Mes mots sans soleils dans le corps cimetière. 

    Ce n’est pas du mépris, c’est de la maladresse.

    Tu es silencieux mon homme, plus silencieux que moi 

    Mon silence crie toujours, toi il te berce comme un enfant 

    Tu as la douceur, je n’ai que la rancoeur,

    La violence qui n’attend

    Que l’excuse pour frapper, que la faiblesse pour régner.

    Tu es tendre mon homme, bien plus tendre que moi.

    Martha Tehora