« Qui donc, si je criais, m’écouterait dans les ordres des anges ? Et même si l’un d’eux me prenait soudain sur son cœur, je périrais sous le coup de son existence tellement plus forte que la mienne. » (Rilke)
787. Dans une ambiance œcuménique se réunissent les vénérables Pères au deuxième concile de Nicée pour tenter de mettre fin à la crise iconoclaste qui secoue le monde byzantin depuis près d’un siècle. Le culte des images est alors rétabli sous l’impulsion de l’impératrice Irène ; ce qui n’empêchera nullement cette dernière de détrôner son infortuné rejeton et lui faire crever les yeux dix ans plus tard, le privant du délice de toute contemplation…
C’est en cette mémorable occasion que l’on statue sur le corps des anges – problème qui hantait les consciences du temps. Comment ces créatures – car ils ont été créés – peuvent- elles apparaître dans le monde sans toutefois posséder d’attributs physiques comme ceux des hommes ou des animaux ? Grave problème. Si communiquer avec Dieu suppose un messager, un angelos, il faut bien un corps au héraut divin pour que sa commission soit transmise en bonne et due forme aux êtres finis, empoissés de matière que nous sommes. Pourtant, la nature profondément spirituelle de l’ange ne fait aucun doute. Nous voilà tombés dans l’embarras. La solution conciliaire consiste à admettre la réalité d’un corps subtil, éthéré, insaisissable dont l’ange serait pourvu. Un corps donc, mais débarrassé de toute la pesanteur de l’animal humain et qui assure une communication entre le ciel et la terre. La question se complexifie encore : point d’existence dans le monde qui ne soit objet d’expérience et qui, partant, n’occupe un espace physiquement localisable – Aristote nous l’avait appris. Un « corps » que l’on ne pourrait inscrire dans aucun lieu ni circonscrire de quelque manière que ce soit, à proprement parler, n’existerait pas. Sans mesure possible, le corps de l’ange est une pure présence qui n’est pas soumise aux lois du monde corporel. Thomas d’Aquin – bien nommé doctor angelicus – précisera que ce n’est que ponctuellement, durant son intervention et par l’acte même de transmission du message, que l’ange est présent à son objet. En accomplissant sa mission, le sujet angélique peut établir quelque part un lien fugace avec le monde.
Ainsi pensée l’étrange nature du corps des anges, rien n’interdit désormais de le représenter. Et comme la réalité corporelle angélique demeure invisible aux yeux défaillants de la descendance d’Adam et Ève, l’imagination a tout loisir de la dépeindre selon sa fantaisie. En témoignent la prolifération et la diversité visuelle des Annonciations en peinture, pour ne citer qu’elles. C’est en établissant une hiérarchie – une angélologie – que l’on pensa stabiliser les caractéristiques de l’ange : par une progressive gradation, l’homme trouvait une place dans l’ordre divin et chaque intermédiaire le rapprochait un peu plus de Dieu. Le corps des anges était plus incorporel du point de vue humain, plus corporel du point de vue divin. Par ce biais, l’imperfection de la nature humaine se voyait éclairée – ni purement bestiale, ni purement divine. Le corps de l’ange, telle une idée régulatrice, un idéal inatteignable mais représentable, tempérait le rapport nécessairement brutal entre Dieu et l’homme, entre le parfait et l’imparfait. Il « humanisait », pourrait-on dire, un lien parfois violent – extraordinaire, toujours.
Les aventures de nos compagnons ailés auraient pu en rester là, à « cette angélique échelle de bon sens ». Mais à laisser le corps de l’ange aux aléas des spéculations et des représentations, on en viendrait presque à oublier l’ambiguïté fondamentale de sa corporéité que la mise en image tend à dissimuler. Il est « la créature chez qui la transformation du Visible en Invisible (…) apparaît déjà accomplie ». L’artiste aura beau le représenter, le corps angélique continuera d’apparaître spontanément comme une image dont l’objet demeure obscur. La théologie médiévale aura beau le rationaliser, lui assigner une place parmi les êtres qui procèdent de Dieu, il persistera dans sa nature fuyante et incertaine car il est « le garant du plus haut degré de réalité de l’Invisible ». La question du corps de l’ange semble bien, à y regarder de près, s’étendre au-delà de la réflexion chrétienne qui fut, il est vrai, décisive. En aval, les réponses théologiques ne satisfirent pas complètement certaines des meilleures têtes pensantes. On rapporte ainsi qu’en 1453, tandis que Constantinople tombait sous le joug des troupes ottomanes, les sages byzantins discutaient encore du sexe des anges – événement devenu proverbial. L’effondrement de l’Empire n’aura donc pas suffi à mettre un point final à cette vieille question.
Ceci conduit à penser que le corps de l’ange relèverait davantage d’un fantasme humain que d’une démonstration théologique dont il serait le résultat nécessaire. Quel meilleur modèle que le corps subtil de l’ange pour l’insensé qui se croit débarrassé de la finitude ? Plus question d’être rivé à un point singulier de l’espace et du temps ; voici que l’on se prend à rêver d’une puissance illimitée et à défier l’ordre du monde. Mais force est d’admettre une labilité, une réversibilité même, du statut angélique aux yeux des hommes qui provient de sa complexe situation d’intermédiaire. La culture en a gardé trace : Lucifer – cet ange déchu – conserve les attributs angéliques qu’il emploie à des fins ténébreuses. Ayant péché par orgueil, il détourne les hommes du salut en flattant le leur. Ne surnomma-t-on pas Saint-Just « l’archange de la Terreur » pour son implacable rigorisme révolutionnaire ? Pascal ne nous prévient-il pas que celui qui veut faire l’ange fait la bête ? Ceux, en somme, que l’hybris pousse à être plus que des hommes finissent par chuter plus bas que terre. « Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan ! » Le corps de l’ange, tel qu’il est traditionnellement conçu et représenté, est le nom même de ce fantasme singulièrement ambivalent. Fantasme du corps léger, illimité, harmonieux qui dissimule la fascination pour la chute, l’oubli et le retour à la bestialité. En mesurant l’existence humaine et ses possibilités à l’aune de l’utopie du corps angélique, le sujet se trouve en proie à un appétit irrépressible et déréglé qui le pousse à sa propre négation. La menace pèse sur le fils de la Terre comme sur l’ami des Formes : aucun d’eux ne se trouve à l’abri d’une telle passion. L’un voudra faire scintiller la gloire de sa matière, l’autre se faire déchet du monde pour que brille seul l’esprit. Idolâtrer sans mesure l’enveloppe charnelle ne vaut sans doute guère mieux que l’horreur ressentie à sa vue. La vision angélique scelle l’entente secrète entre le pudibond névrosé et l’obscène dérisoire. Ce faisant, elle fait manquer au sujet la réalité du désir vécu dans sa puissance affirmative. Décidément, l’ange nous réserve bien des surprises. Ses ailes peuvent nous arracher à la pesanteur terrestre comme être aisément sectionnées. Autant dire que tout ange est un Icare en puissance. Si le représenter rassure, tend à domestiquer ce rêve trouble, aucune habileté ne parvient à lui donner forme définitive. Péché, finitude, imperfection – quelle que soit la cause qu’on lui attribuera, cette impossibilité reflète à coup sûr une facette de l’humaine condition.
Fantasmer un corps angélique, c’est faire sourdre les forces susceptibles de décentrer l’individu et le mener, s’il n’y prend garde, à sa destruction : « aujourd’hui si l’archange, le dangereux, par-delà les étoiles, descendait vers nous d’un seul pas, notre propre cœur en s’élançant vers lui de son battement nous anéantirait ». Son efficace tient précisément à sa dimension imaginaire : exempté qu’il est des contraintes du réel, il tend à imprimer une orientation subjective dont on peut aussi bien dire qu’elle est désorientation au regard de l’ordre symbolique. L’extériorité propre à l’ange – créature asexuée – déforme la vérité du rapport au corps, tant le nôtre que celui d’un autre. Alors même que le désir ne se soutient que du manque, le corps glorieux de l’ange apparaît, à l’inverse, comme une plénitude à jamais recouvrée. Replacé dans les coordonnées de la psychanalyse, l’ange est un ersatz d’harmonieuse unité venant combler fallacieusement la béance du désir. L’ordre symbolique se met alors à reposer sur un leurre qui égare le sujet fasciné. L’ange s’excepte de la totalité « phallique » et donne ainsi à croire qu’il en est la miraculeuse condition négative, rôle pourtant dévolu au corps féminin. Là où l’infinité muette, hors langage, désigne la fonction féminine qui, par son exception, fait exister la totalité masculine ne pouvant se clore sur elle- même, elle pourrait tout aussi bien renvoyer à l’invisibilité du corps angélique comme réel ineffable du corps visible. Fallacieux glissement qui, de l’égalité entre fonction féminine et ordre phallique, infère celle entre fonction féminine et corps angélique et, par voie de conséquence, celle entre corps angélique et ordre phallique. Peut-être les anges n’ont-ils justement pas de sexe parce qu’ils en sont un. Voilà une réponse à la disputatio des Byzantins.
En isolant le désir qu’il incarne fondamentalement, le corps angélique entraîne l’égaré vers un espace où vie et mort tendent à se confondre. Brouillant les repères, ce désir acéphale affole le sujet pris, dès lors, dans une dynamique extatique d’élévation ou d’abjection sans frein. « Ce monsieur ne sait ce qu’il fait : il est un ange »… Est-on au ciel ou en enfer ? Bien malin qui le dira. « Ah foutre, mon ange, je perds la tête ! (…) Je suis presque fâchée du crédit et des titres qui favorisent mes égarements ; je voudrais qu’ils fussent sus de toute la terre ; je voudrais qu’ils pussent m’entraîner, comme la dernière des créatures, au sort où les conduit leur abandon (…) L’échafaud même serait pour moi le trône des voluptés » s’exclame bien à propos un personnage du divin marquis à l’époque de la Terreur. Hors de lui-même, on voit le sujet errer entre deux points incandescents et opposés dont l’inaccessibilité contribue à le morceler. L’ange est un tiers terme : place imaginaire en fonction de laquelle le sujet clivé se projette vers un ailleurs tenu pour sublimé ou souillé. Au-delà ou en-deçà, jamais il n’est celui qui « se pense et convient à soi-même ». Par leur corps, les anges esthétisent le mythe d’un désir purifié, détaché du monde, comme le stylite cherche à mortifier le sien pour ne plus être ce qu’il était. On peut alors penser, à bon droit, que l’ange manifeste une certaine angoisse d’exister : « Tout ange est d’angoisse. Oiseaux presque mortels de mon âme, malheur à moi, qui vous invoque en sachant qui vous êtes. » À rebours de la réflexion médiévale, le corps de l’ange figurerait davantage une déliaison mortifère avec le monde qu’une courroie de transmission du ciel à la terre.
Faut-il alors éradiquer la figure de l’ange, lui dénier toute réalité corporelle, comme le voulaient les iconoclastes de Byzance ? Si le fantasme du corps angélique persiste, impavide, à travers les siècles, peut-être convient-il de l’envisager autrement. Le poète souligne combien solidaires l’une de l’autre sont la vie et la mort. L’espace angélique, pour inhumain et funeste qu’il soit, n’en est pas moins la porte d’entrée vers la connaissance du réel : « La vraie figure de la vie s’étend sur les deux domaines, le sang de la circulation suprême passe dans les deux : il n’y a ni En-deçà, ni Au-delà, rien que la grande Unité où ces êtres qui nous surpassent, les « anges », sont chez eux. » Seul le poète est susceptible d’exprimer, au moyen de son art, ce qui dépasse toute mesure – seul, il peut incarner l’ange : « Ce monde vu non plus de l’homme, mais en l’ange, est peut-être ma vraie tâche ». Qui s’y frotte s’y pique, certes. Mais ne peut-on pas frôler le gouffre sans y choir, le temps d’y jeter un bref coup d’œil ? Il nous faudra alors vaillamment affronter l’ange, quitte à y laisser quelques plumes.
La Genèse, déjà, nous avait prévenus : Jacob a lutté avec l’ange en un sauvage corps à corps d’où n’est sorti ni vainqueur ni vaincu. Le corps invisible de l’ange se révèle trop parfait pour se laisser dominer par celui de l’homme ; pourtant, ce dernier a pu s’éprouver dans la tension même qu’exigeait le combat. En mettant en péril son être mais sans céder tout à fait, il lui a été donné d’accéder à la révélation divine. Proposons une traduction en termes séculiers : il a engagé un duel avec le réel. « Quelque chose d’éternel demeure en l’homme – en l’homme qui pense… – quelque chose que j’appellerai sa part divine : c’est son aptitude à mettre le monde en question… » La lutte avec l’ange donne à voir ce qu’il y a de charnel et de spirituel à la fois dans le rapport qu’entretiennent l’homme et la réalité. Il faut en payer le prix et l’ange démet la hanche de Jacob qui l’a mis en garde : « Je ne te lâcherai pas, que tu ne m’aies béni ». En luttant contre son destin, il tente de lui arracher le secret ultime de son être. Ce désir dévorant est ce qui doit être maîtrisé mais certes pas aboli. D’Éros au Héros, il n’y a qu’un pas. Héroïsme magnifié par Malraux dans Les noyers de l’Altenburg – dont le titre premier était La lutte avec l’ange – qui tente, à l’épreuve de l’histoire, de franchir la « crevasse » qui le sépare de « la vie universelle » : ce conflit met aux prises la connaissance de l’homme avec la conscience de son destin. On ne peut espérer se connaître véritablement sans prendre le risque d’être en butte à une valeur supérieure. « Le plus grand mystère n’est pas que nous soyons jetés au hasard entre la profusion de la matière et celle des astres ; c’est que, dans cette prison, nous tirions de nous-mêmes des images assez puissantes pour nier notre néant… » S’engager corps et âme dans une action qui le transit, c’est pour le héros braver physiquement l’ange – ce démon trop parfait. Ou la mort aura raison de lui, ou « deux fois vainqueur » il traversera l’Achéron, ayant dérobé au monde un fragment de vérité : « il n’avait plus besoin d’étreindre un corps pour lutter contre l’inhumain ».
L’art ne naît pas seulement de la sage angélologie mais aussi bien de cet épique bras de fer. Et un Zola (L’Œuvre) ou un Gide (Les Faux-Monnayeurs) en ont médité le sens à travers la peinture ou le « roman pur » : c’est l’impossibilité d’achever l’œuvre qui donne forme à celle- ci. Le suicide du peintre constitue l’échec de son combat avec l’ange qui aurait dû aboutir à un modus vivendi s’il n’avait été détruit pas son désir : le corps de l’artiste vaincu par celui de l’ange pour n’avoir pas su reconnaître la supériorité du réel, soit ce qui résiste, en dernière instance, à la symbolisation. « Avec Claude Lantier je veux peindre la lutte de l’artiste contre la nature, l’effort de la création dans l’œuvre d’art, effort de sang et de larmes pour donner sa chair, faire de la vie : toujours en bataille avec le vrai, et toujours vaincu, la lutte contre l’ange » avoue l’auteur.
Gide, quant à lui – plus prudent ou plus avisé qu’Édouard, son faux double – garde in extremis le réalisme nécessaire pour terminer son roman, tandis que l’œuvre reste, en son essence, inachevée, ouverte. L’écrivain renonce à la chimère de la perfection, à peindre la vie telle qu’elle est. Les mises en abyme qui structurent les Faux-Monnayeurs évitent ce périlleux glissement : en ne cherchant jamais à saisir le réel frontalement mais en le stylisant, l’écrivain fait œuvre. « J’invente un personnage de romancier, que je pose en figure centrale ; et le sujet du livre, si vous voulez, c’est précisément la lutte entre ce que lui offre la réalité, et ce que, lui, prétend en faire. » La recherche du sens passe par cette lutte âpre et sournoise qui engage l’existence de celui qui s’y dispose. L’œuvre, toujours imparfaite, en est le témoignage. Elle porte trace du réel, cependant que sa forme stylisée la retient de sombrer dans l’informe à la manière de la toile de Frenhofer. « Stylisé, c’est-à-dire humanisé : tel que l’homme l’eût fait s’il eût été Dieu. L’homme sait que le monde n’est pas à l’échelle humaine ; et il voudrait qu’il le fût. Et lorsqu’il le reconstruit, c’est à cette échelle qu’il le reconstruit » renchérit Malraux.
Sorte de figure allégorique, Bernard, en affrontant l’ange, a trouvé en lui-même la force de s’arracher à un passé qui l’accable et de rabattre son orgueil pour embrasser un avenir plus incertain mais lumineux. Il cesse ainsi de romancer toujours sa vie, de la soumettre à une analyse qui le confine au dédoublement. Les conséquences de l’épreuve peuvent, certes, paraître fort décevantes dans le contexte du roman : le personnage en sort gagné par un mol altruisme et un puritanisme un peu étroit. Il n’importe. En acceptant de s’exposer au réel sans s’y abandonner, il a surmonté certaines des illusions qu’engendrent l’excès d’analyse comme les croyances sommairement reçues. Plutôt que de se payer de mots, il s’est décidé à agir en affrontant l’énormité de ce qui le dépasse. Entre la mort et le faux-monnayeur se trouve le héros qui refuse de substituer au réel une image angélique, fruit du désir et du langage. Celle- ci est repoussée, réduite mais point détruite. La lutte avec l’ange désigne l’effort toujours recommencé de libération vers l’authentique : « il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant ». La chair et l’esprit semblent alors sur la voie d’une véritable réconciliation. Le héros abdique l’angélisme pour renouer avec le monde et avec lui-même : « il voyait devant lui l’océan de la vie s’étendre ». Haletant, blessé en somme, mais ayant trouvé la règle à suivre en son propre cœur, c’est en claudiquant qu’il poursuivra son chemin. « Ce à quoi on ne peut atteindre en volant, il faut y atteindre en boitant… »
Fiction utile donc que le corps de l’ange si l’on ne s’y abîme pas entièrement. Le rencontrer ouvre un sujet à la dimension élective de l’expérience : elle le rapporte à la singularité qu’il est et le contraint, tout à la fois, à rompre pour partie avec lui-même. Il fait ainsi l’épreuve d’une extériorité qui le marque à jamais – songeons à la blessure de Jacob – et le renvoie toujours à ce moment d’élection qui ouvre à un nouvel horizon d’avenir. Son corps en garde le stigmate rayonnant. Arraché à ce qu’il a été – l’ange signifie à Jacob la perte symbolique de son nom – il est destiné, par l’événement même, à autre chose. Cette subjectivation, digne d’une rencontre amoureuse, advient par-delà ses capacités subjectives en vertu d’une disposition à s’ouvrir à l’inouï.
Lorsque le messager céleste vous fera la grâce d’une apparition, tâchez de ne pas prendre ombrage de cette splendeur invisible. « Bernard n’avait jamais vu d’anges, mais il n’hésita pas un instant, et lorsque l’ange lui dit : « Viens », il se leva docilement et le suivit. » Empoignez-le vigoureusement et ménagez vos forces au risque d’essuyer quelques coups sévères. Surtout, gardez les yeux grand ouverts. Peut-être alors vous sera révélé ce que vous ne pouviez imaginer et vous découvrirez-vous capable de ce vous croyiez impossible.
Charles Bresson
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