Poèmes

Tu m’as sortie de ma vie

Tes lèvres, grandes fenêtres 

S’ouvrent sur un monde

Que mes yeux n’ont jamais vu 

Ni en vrai ni en rêve

Tu m’as sortie de ma vie

Quand tu m’as pris la main

On est allés marcher et c’était presque 

Comme redevenir un nouveau né

Ta maison m’accueille

J’avance les yeux ouverts

Les odeurs me parviennent

Les indices de ton histoire m’émerveillent

Toi,

Tu n’as rien à découvrir

Il n’y a que ma peau à sentir 

Ton mystère à toi au loin s’étend 

Moi je suis seule, bientôt solvée

Toi

Tu ne peux pas dépasser mon corps 

Quand tu l’auras parcouru

Ton amour sera repu

J’aimerais te dire merci

Tu m’as sortie de ma vie 

Comme un tour de manège 

La lecture d’un poème

Tu m’as faite sans passé 

Presque cire remodelée 

Par mes mains ta tendresse 

Tes chants ma maladresse 

Par le vent de ta voix

Et le vent de la mienne.

Et voilà que nous ouvrons des tombeaux 

La nuit, la mer disparaît

J’ai compris pourquoi j’aimais la douleur 

En plein soleil c’est un outrage

D’avoir le cœur solide l’esprit agile

Il faut connaître de l’été la détresse

La gloire d’un ciel noir en Sicile

La crainte de la baignade

D’une mort sous le cagnard

Et voilà que nous ouvrons des tombeaux 

La nuit, le monde est une fosse

Sur la route de la falaise

J’ai vu les blancs fantômes renaître 

Portant à leur bras une ombrelle

Ils ont félicité la larme qui me venait

Comme un enfant béni dont ils auraient appris 

La venue sur terre

L’avenir très céleste

Dans ma robe couleur d’orage

Je les ai tous invités à ma table.

Un jour

Quand la nuit restera un an sur la ville

Il faudra bien nous sauver de cette ombre embêtante 

Quand c’est le matin on mange on joue

Quand c’est le midi on joue on mange

Et le soir aussi, on dîne

Cela s’appelle un jour.

Il faudra bien s’en souvenir

Car le même soleil noir assombrira

La mémoire amputée un peu plus chaque fois. 

Quand les contours du cœur se dessinent

Quand je dois respirer à la surface

Quand j’ai envie de t’embrasser

Cela s’appelle l’amour

Il faudra bien s’en souvenir

Car le grand sommeil bientôt menacera

Comme un adulte en colère

Qui ne croit plus en ses rêves

Un bruyant hélicoptère

Qui trace au-dessus des rues des grands cercles.

Tu es tendre, mon homme, bien plus tendre que moi 

De l’arbre la sève coule jusqu’à moi

Jusqu’aux mots colère

Et au fond du cœur elle se distille

Tu es beau, mon homme, bien plus beau que moi 

Quand tu t’allonges, je sais que tu penses 

Derrière ta chair blanche tes yeux clairs

Viennent jusqu’à moi météores innocentes

Au fond de ma terre elles sombrent

Me creusent comme une pierre lancée

Sur le sol qui porte le souvenir de la marée

Tu sais que les os nous font faussement croire

À la rigidité de notre corps

Les mots alors remontent à la surface

Bientôt tu seras sous eux ensevelis

Mes craintes sous tes paupières, cailloux étoiles poussières 

Je te rends malade délabré comme une antique ruine.

Tu te lèveras un jour, montagne dressée

Et tu enlèveras de tes épaules

Le manteau de fumée que j’ai sur toi craché

Je ne sais pas si tu franchiras le seuil

La lumière au coin de l’œil

Ou si tu resteras, que tu me gronderas

D’avoir tout envahi avec mes peurs idiotes 

On fera le ménage, peut-être

On passera le balai sur toi sur moi

On dira, quel bazar ! Puis,

Mes excuses je fais tout le temps ça 

Déverser tout ce qu’il y a de noir

Sur ceux qui s’approchent, voilà.

Au début l’amour me gêne comme un cailloux dans une chaussure 

Je ne sais pas encore que tu es la perle dans la coquille

Sous la plante dans la panique la parfaite rondeur

M’est inconnue.

Toujours je fais confiance à la plante grimpante l’herbe mauvaise 

Jamais à la fleur épanouie I don’t believe in blessings.

J’admets l’arme en main que tu as tout d’un ange 

Rien du chardon des champs

C’est moi qui suis à craindre peut-être

Avec tout au dedans mes haines

Pour d’autres retenues.

Mes mots sans soleils dans le corps cimetière. 

Ce n’est pas du mépris, c’est de la maladresse.

Tu es silencieux mon homme, plus silencieux que moi 

Mon silence crie toujours, toi il te berce comme un enfant 

Tu as la douceur, je n’ai que la rancoeur,

La violence qui n’attend

Que l’excuse pour frapper, que la faiblesse pour régner.

Tu es tendre mon homme, bien plus tendre que moi.

Martha Tehora

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