Et puis Lune froide est ressortie l’année dernière, comme ça, sans crier gare, dans une version retapée, à la hauteur du monument. Et puis ça a fait autant de bruit qu’à l’époque de sa sortie, la vraie, en 1991, c’est-à-dire pas beaucoup. Ou du moins pas autant que ça aurait dû en faire, car un tel chef d’œuvre ne doit pas rester dans un tiroir, jalousement gardé par la secte encapuchonnée des cinéphiles en mal de femmes mortes. Il y a une injustice à réparer, alors à notre microscopique échelle, nous nous y attelons.
Lune froide c’est un film de et avec Patrick Bouchitey, acteur en vue dans les années 70-80, éternel compagnon de jeu d’un autre Patrick (Dewaere) dans La Meilleure façon de marcher (Claude Miller, 1976), et pour l’éternité prêtre très Vatican II dans La vie est un long fleuve tranquille. Sur sa carrière, pas besoin d’en dire davantage, il vous racontera tout ça dans l’entretien qui suit. C’est donc un acteur qui fait des films, et si les américains ne se débrouillent pas trop mal pour faire ça (Cassavetes en tête), nous autres Français nous nous retrouvons bien plus en peine. On ne fera pas de liste de peur d’égratigner gratuitement morts et vivants. Mais Bouchitey, qui ne fait rien comme les autres, est l’un des rares contre-exemples à cette malédiction. Il y a donc Lune Froide, précédé par un court métrage du même nom qui lui vaudra un César, et puis Imposture (2004), film pour le moins étonnant.
Et puis voilà, il n’y a pas grand-chose à dire de plus sinon de voir Lune froide, de revoir La meilleure façon de marcher et Le plein de super, de découvrir le reste, et puis de lire ce dossier consacré à la drôle de page que Patrick Bouchitey a écrite dans l’histoire du cinéma français.
Patrick Bouchitey (Dédé) dans Lune Froide
Marelle : Êtes-vous entré au cours Simon pour faire du théâtre ou pour faire du cinéma ?
Patrick Bouchitey : Les deux. Je me suis inscrit au cours Simon en 1967. J’y suis resté trois ans et je suis sorti avec le prix Marcel Achard. J’ai commencé à fréquenter les cafés-théâtre et je suis rentré dans une troupe de théâtre. J’ai donc joué au théâtre Antoine dans Vol au-dessus d’un nid de coucou en 1973. C’est comme ça que j’ai été remarqué dans le rôle de Billy Bibbit par Nathalie Baye et cela m’a permis de rencontrer Claude Miller qui m’a engagé pour La Meilleure Façon de marcher (1976).
Marelle : Nous pensions que vous aviez un tout petit rôle dans votre premier film Les Caïds (Robert Enrico, 1972) mais vous avez en fait un rôle important.
Patrick Bouchitey : J’ai commencé par un premier rôle au cinéma avec Juliet Berto et Serge Reggiani. J’étais en train de finir le cours Simon et j’ai passé une audition filmée. Il y avait toute la génération d’acteurs de l’époque dont Patrick Dewaere. J’ai été pris mais je n’étais pas prêt pour un premier rôle. Je devais avoir un petit physique. J’étais timide et je n’étais pas très à l’aise durant les interviews. Mais cela reste un bon souvenir.
Marelle : Nous aimons beaucoup La Meilleure Façon de marcher. Comment avez-vous vécu les scènes difficiles psychologiquement ? Je pense notamment à la séquence finale du bal costumé où votre personnage arrive, déguisé et maquillé en femme et invite le personnage de Patrick Dewaere à danser.
Patrick Bouchitey : Le film s’est tourné assez rapidement, en cinq semaines. Je ruminais ma vengeance. C’était intense quand je suis arrivé avec ma robe rouge sur le plateau dans cette scène. Moi j’étais le souffre-douleur. C’était difficile pour moi car Claude Miller m’avait demandé de ne pas avoir d’humour, de rester au premier degré. Les autres s’amusent [Claude Piéplu et Michel Blanc, ndlr]. Moi, j’ai eu un personnage sensible. Le sujet sur la différence, sur l’acceptation, est encore actuel je pense.
Patrick Bouchitey (Marc) et Patrick Dewaere (Philippe) dans La Meilleure Façon de marcher
Marelle : Votre autre rôle important de cette époque a été Le Plein de super (Alain Cavalier, 1976)
Patrick Bouchitey : Je l’avais tourné dans la foulée du film de Claude Miller. On avait écrit le film ensemble avec les copains du cours Simon (Étienne Chicot, Xavier Saint-Macary et Bernard Crombey). Puis j’ai eu un accident de voiture assez grave à la fin du tournage. On voit à la fin du film que je me cache, justement parce que j’étais endommagé à ma sortie de l’hôpital.
Étienne Chicot (Charles), Bernard Crombey (Klouk), Patrick Bouchitey (Daniel) et Xavier Saint-Macary (Philippe) dans Le Plein de super
Marelle : Est-ce qu’écrire à plusieurs était une bonne expérience ?
Patrick Bouchitey : Oui… Alain Cavalier voulait chercher le comportement des jeunes des années 1970. Une bande qui ne se connaît pas au début et qui est amenée à faire une route avec cette voiture qui part du Nord vers le Sud de la France. On n’avait pas l’impression de jouer un personnage, c’était un peu nous.
Marelle : Alain Cavalier raconte souvent qu’il vous avait enregistré au magnétophone pendant huit semaines.
Patrick Bouchitey : On enregistrait des choses sur les petites bandes et on travaillait après sur nos improvisations. On se livrait tous un peu chacun. On trouvait que c’était intéressant de retrouver les mécanismes qu’on avait en tant qu’amis dans la vie.
Marelle : Le film était-il très écrit ou y avait-il beaucoup d’improvisation ?
Patrick Bouchitey : Les scènes étaient très écrites. On a travaillé pas mal de temps dessus et Alain Cavalier structurait tout cela par rapport à ce qu’il voulait faire. Il y a toujours une partie qu’on improvise durant le tournage, mais c’était très écrit. Cavalier avait fait des grosses productions avant et il voulait une équipe réduite pour ce film. Il y avait seulement deux personnes : un cameraman et un perchman. Maintenant Cavalier tourne et monte tout seul, sans opérateur. À 92 ans, il continue de tourner, c’est ça qui est formidable. On ne s’est pas quitté avec Alain…
Marelle : Votre personnage dans Le Plein de super se situe dans la continuité de celui de La Meilleure façon de marcher : sensible, écorché… Vous êtes plus discret qu’Étienne Chicot dans le film par exemple.
Patrick Bouchitey : C’était un peu moi à l’époque en fait. Étienne Chicot était, lui, de nature plutôt extravertie. Ce que voulait Cavalier c’était montrer les antagonismes entre nous.
Marelle : Vous aviez déjà un désir de mise en scène à l’époque ?
Patrick Bouchitey : Pas encore vraiment mais j’y pensais. C’est en regardant travailler Alain Cavalier ou Claude Miller que j’ai eu envie de m’y coller. Mais c’est arrivé plus tard, en 1989. Il n’y avait pas beaucoup d’acteurs à l’époque qui se lançaient dans la réalisation.
Marelle : Quand le passage à la mise-en-scène est-il devenu une évidence pour vous ?
Patrick Bouchitey : Un acteur a beaucoup de temps libre quand il n’enchaîne pas les films. J’ai travaillé à partir de 1984 avec la grande équipe des débuts de Canal +. Comme je n’avais pas beaucoup de moyens, j’ai trouvé une manière assez simple de faire une série qui s’appelait Lavabo : une salle de bain, avec une caméra derrière une glace sans tain. J’ai fait passer pleins d’acteurs, d’amis qui savaient qu’il y avait une caméra derrière. J’ai commencé à travailler là-dessus en 1982-1983 avec les premiers magnétoscopes qui permettaient de changer le son. Il suffisait de mettre un micro et on pouvait changer le son de ce qu’on avait enregistré sur une cassette : c’était très simple. Je faisais tous les jeudis soir du doublage sauvage avec des amis qui venaient. Le truc c’était de dire un peu n’importe quoi sur l’image. Je faisais des montages avec des passages de films, des hommes politiques… Et après je suis tombé sur le documentaire animalier où je trouvais que le monde animal était un reflet assez fort de nos comportements humains. J’ai donc travaillé beaucoup de temps à La Vie privée des animaux (1990-1992), que j’ai produit, édité… Je faisais tout. Je suis bien tombé et ça m’a permis de faire d’autres choses. Ce n’est pas mon métier d’acteur qui m’aurait permis cela. Je n’ai jamais fait une carrière d’acteur car pour faire une carrière, il faut enchaîner les films et il y a tout un travail avec les agents. Il faut être dans le désir des autres mais je n’étais pas dans cette optique-là.
Marelle : Est-ce que votre expérience sur La Vie privée des animaux vous a apporté quelque chose sur le travail de réalisateur de fiction pour Lune Froide (1991), au-delà des petites références au doublage dans le film
Patrick Bouchitey : La Vie privée des animaux m’a fait beaucoup travailler sur le montage, surtout sur le champ-contrechamp. Mais ça m’a donné envie de me coller à la fiction au cinéma, ce qui a donné le court-métrage Lune Froide en 1989. Le court-métrage a eu le Grand Prix au festival de Clermont-Ferrand en 1989 et le César du meilleur court métrage de fiction en 1990. Cela m’a alors permis de faire le long-métrage avec Luc Besson comme producteur.
Marelle : Pourquoi ne pas avoir retourné le court-métrage pour l’intégrer dans le long ?
Patrick Bouchitey : Parce que c’est parti du court-métrage, du rapport du personnage de Jean-François Stévenin avec mon personnage dans le court. Je trouvais que c’était intéressant de développer ces deux personnages : quel est le secret qu’ils gardent de cette nuit de beuverie ? J’avais commencé à lire les nouvelles de Charles Bukowski dans les années 1970. La nouvelle La sirène baiseuse de Venice Californie m’avait vraiment impressionné : je m’en souvenais très bien et j’avais envie de l’adapter. Ayant baigné dans l’univers de Bukowski et dans la musique de Jimi Hendrix, j’ai eu envie de faire ce film. Il y a moins de gens qui regardent les courts-métrages que les longs-métrages. On voit surtout les courts-métrages dans les festivals tandis que le long-métrage a été vu par le public (la sortie au Japon par exemple). Un court-métrage reste plus confidentiel.
Marelle : Le tournage du court-métrage était-il long ?
Patrick Bouchitey : Une dizaine de jours mais j’avais trouvé les décors. Quand je suis allé voir la côte sauvage, à côté d’Étel, on a tout trouvé sur place. C’est pour cette raison que je suis revenu tourner à Lorient, du côté de la zone portuaire pour le long-métrage. Mais le début du long, je l’ai tourné à Beauduc, dans un décors que j’aimais beaucoup, qui se trouvait au bout de la Camargue. C’était un décor à l’américaine. On a aussi tourné à Paris, pour les scènes de café par exemple, et la scène de Jean-François Stévenin avec la prostituée, on l’a tournée en studio.
Marelle : Avez-vous vu les autres adaptations de Bukowski au cinéma (Contes de la folie ordinaire de Marco Ferreri, L’amour est un chien de l’enfer de Dominique Deruddere…) ?
Patrick Bouchitey : Oui, j’ai beaucoup aimé le film de Ferreri mais moins celui de Deruddere. C’est étonnant car il n’y a que des metteurs en scène européens qui se sont intéressés à l’univers de Bukowski. Les auteurs américains un peu sulfureux comme Hubert Selby Jr. ou John Fante ont plutôt influencé des réalisateurs européens que des américains.
Marelle : Oui, le lectorat de Bukowski est très européen. D’ailleurs, est-ce que vous avez pu montrer le film à Bukowski ?
Patrick Bouchitey : Il était question avec Jackie Berroyer [le co-scénariste de Lune Froide, ndlr] qu’on aille lui présenter le film à Los Angeles mais ça ne s’est pas fait. J’aurais beaucoup aimé, c’est un personnage que j’ai toujours bien aimé, et puis il est mort en 1994.
Marelle : Bukowski avait insulté le cinéaste Marco Ferreri au moment de la sortie de son adaptation des Contes de la folie ordinaire (1981).
Patrick Bouchitey : Il aurait peut-être été violent aussi avec moi en voyant mon film, comme je l’avais trahi. Dans la nouvelle, les deux personnages qui violent la morte n’ont rien à faire d’elle. Ils la balancent dans la mer directement. Je ne pouvais pas tourner cela donc je l’ai adapté. Le personnage de Simon [joué par Jean-François Stévenin, ndlr] est différent de celui de la nouvelle puisqu’il tombe amoureux de la morte. Il lui redonne la vie en l’amenant à la mer. Bukowski aurait peut-être détesté (rires) mais je n’aurais pas pu faire autrement. J’étais tout de même très imprégné de la lecture et de l’univers de Bukowski, de cette espèce de poésie des poubelles.
Marelle : Comment s’est déroulée l’acquisition des droits sur le recueil Nouveaux contes de la folie ordinaire de Bukowski (1972), dont est tirée la nouvelle La sirène baiseuse de Venice Californie ?
Patrick Bouchitey : C’était galère pour le court-métrage. On a ramé avec ma compagne de l’époque avec qui j’avais monté la boîte de production, Studio Lavabo. On a réussi mais ça nous a coûté cher.
Marelle : Et comment s’est passée l’acquisition des droits des titres musicaux ?
Patrick Bouchitey : C’est bien tombé aussi parce que deux ou trois ans après c’était difficilement touchable financièrement parlant. Des morceaux de Procol Harum ou des Kinks, ça coûte très cher aujourd’hui. Quelqu’un comme Martin Scorsese peut, lui, facilement utiliser ces morceaux de nos jours.
Marelle : Pourquoi Lune Froide est-il devenu culte, à votre avis ?
Patrick Bouchitey : Je pense que c’est parce que c’est un film rock, pour sa musique, ses personnages… La musique était importante. On m’a souvent dit aussi qu’il y avait un côté Les Valseuses (Bertrand Blier, 1974). Je trouvais que c’était amusant, ce road movie avec ces deux personnages la nuit, buvant des bières. Je pense que le film n’a pas vieilli. Je n’ai pas cherché à le situer dans le temps ni même politiquement. On peut l’imaginer dans les années 1960, 1970 ou 1980… C’est vrai qu’il y a des connotations avec les années 1990 vu la voiture qu’ils utilisent par exemple. Mais la musique comme celle de Hendrix ou des Kinks est intemporelle.
Jean-François Stévenin (Simon) et Patrick Bouchitey (Dédé) dans Lune Froide
Marelle : Nous avons repéré trois premiers films francophones dans les années 1990 qui sont tous les trois devenus des films cultes et qui ont pour point commun d’être des films trash, noirs, libres, empreints d’une sorte de naturalisme poétique : Lune Froide, C’est arrivé près de chez vous (Rémy Belvaux, André Bonzel, Benoît Poelvoorde, 1992) et Bernie (Albert Dupontel, 1996). Est-ce qu’il y a un lien ou c’est un pur hasard ?
Patrick Bouchitey : C’était une époque où on pouvait présenter des sujets comme ceux-là. La preuve c’est qu’on les a produit et fait. Aujourd’hui, pour trouver un financement pour un film comme Lune Froide ou C’est arrivé près de chez vous, c’est très compliqué. De nos jours, ce sont les chaînes de télévision qui financent les films. On produit des films comme on produit des publicités. Les publicités produisent la télévision et la télévision produit le cinéma. Quand on vend du parfum, des voitures ou du yaourt, on a pas envie de films dérangeants. Il faut plutôt produire des comédies grand public. Ce ne sont pas du tout les mêmes financements qu’avant : à l’époque, on finançait les films par les ventes à l’étranger. Si Pasolini voulait tourner un film comme Salò ou les 120 Journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini, 1975) aujourd’hui, il aurait du mal à trouver un financement.
Marelle : Qu’est-ce que vous avez gardé des réalisateurs chez qui vous avez tourné ? (Alain Cavalier, Claude Miller…)
Patrick Bouchitey : C’est en les regardant travailler que j’ai eu envie de réaliser, de cadrer. J’avais un gros projet avec Claude Miller qui ne s’est pas monté, malheureusement. Un film c’est très instinctif et ça va très vite. Je dois beaucoup à Jean-Jacques Bouhon, le directeur de la photographie du film. Comme j’étais devant et derrière la caméra, il fallait que j’aie une grande confiance en mon chef opérateur. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque on voyait les rushes dans une salle de cinéma, on n’avait pas de retour plateau. J’ai monté le film avec de la pellicule, en coupant…
Marelle : Comment avez-vous vécu la sélection de Lune Froide, en compétition, au Festival de Cannes en 1991 ?
Patrick Bouchitey : C’était assez magique et intense. Je finissais le montage du film quand on m’a appelé.
Marelle : Qu’est-ce qu’ont pensé de Lune Froide vos collègues réalisateurs, notamment ceux pour qui vous avez tourné ?
Patrick Bouchitey : Ils ont apprécié. Claude Miller était d’ailleurs le président du jury au Festival de Clermont-Ferrand quand j’ai reçu le prix pour le court-métrage en 1989.
Marelle : Il y a un nouveau public qui a découvert Lune Froide lors de la ressortie en version restaurée en 2023. Quel est ce nouveau public ? Est-ce qu’il y a eu une différence dans la réception ?
Patrick Bouchitey : À chaque fois que je faisais des projections dans des salles en France, il y avait beaucoup de gens qui l’avaient déjà vu et qui revenaient le voir en salle trente ans après. Il y avait aussi des gens qui l’avaient vu en DVD parce que le DVD avait pas mal circulé. Le DVD n’était d’ailleurs pas de très bonne qualité. C’est aussi pour ça qu’on l’a ressorti.
Marelle : Comment s’est déroulé le processus de restauration du film ?
Patrick Bouchitey : J’avais coproduit le film à 50/50 avec Luc Besson. Quand Besson a vendu une partie de son catalogue à Gaumont, il y avait Lune Froide dedans. Gaumont se devait de développer le film, mais ils n’ont jamais rien fait. J’ai ramé pendant longtemps pour le restaurer, sachant que ça n’allait rien rapporter. Il ne faut pas oublier que Lune Froide passait à minuit ou deux heures du matin sur Canal +. L’opérateur, Jean-Jacques Bouhon, n’était pas très content du résultat du premier DVD de Studio Canal. Le nouveau Blu-Ray du Chat qui fume est très bien. L’important c’est que le film n’est plus mort et que les gens pourront le revoir en salle, dans les festivals…
Marelle : Quels sont les cinéastes qui vous ont influencé pour vos réalisations ?
Patrick Bouchitey : Il y a évidemment Bergman, Luis Buñuel… Dans mon second long-métrage Imposture (2005), il y a une référence à Persona (Ingmar Bergman, 1966), quand le personnage féminin parle pour la première fois, quand elle dit à mon personnage « vous devriez aller vous coucher ». On ressent aussi l’influence du road movie américain dans Lune Froide. Avec la télévision et le grand nombre de films que l’on voit, on ingurgite beaucoup d’images mais pourtant on ne se souvient que d’une scène, d’une image précise, encore dix ans après… Je me souviens très bien d’images de Pierrot le Fou (Jean-Luc Godard, 1965) par exemple.
Marelle : Pourquoi avoir attendu autant de temps (quatorze ans) avant de repasser à la mise en scène avec Imposture ?
Patrick Bouchitey : J’étais parti sur des projets qui me tenaient à cœur. J’ai voulu adapter Mandragore de Hanns Heinz Ewers (1911) ou Le Démon de Hubert Selby Jr. (1976) mais c’étaient des projets trop difficiles à monter. Un jour, des producteurs sont venus me voir avec un bouquin espagnol, Je suis un écrivain frustré (1998) de José Angel Mañas, qu’ils m’ont fait lire. Ce qui m’intéressait dans le livre, c’était le rapt, le fait d’enlever quelqu’un. Mais dans le livre, le personnage est un psychopathe qui la traite mal, qui la tue et lui fait l’amour quand elle est morte (rires). Ça c’est tout à fait le cinéma, on vous refile toujours le même truc. Moi je voulais plutôt défendre les personnages et faire une histoire d’amour entre le professeur et son élève. J’ai travaillé au début avec le co-scénariste de Bernie mais ça ne s’est pas très bien passé. J’ai donc fait l’adaptation avec Jackie Berroyer, avec qui j’avais écrit Lune Froide. Les producteurs n’arrivaient pas à trouver le financement, donc Besson l’a produit et distribué. Mais ça a été une horreur au niveau de la production. Le film a tout de même été projeté à Cannes dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs. Puis je me suis détourné de tout cela et je suis passé à d’autres choses.
Marelle : Quelle est la chose dont vous êtes le plus fier ?
Patrick Bouchitey : Je revendique La Vie privée des animaux. En tant qu’acteur, c’est La Meilleure Façon de marcher ou Les Démons de Jésus (Bernie Bonvoisin, 1997)… Ce sont des films qui m’ont marqué.
Malavida Films a sorti Lune Froide au cinéma le 15 novembre 2023.
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